mardi 23 février 2016

Chili, Pérou du 16 au 22 février : Calama, Humberstone, Arequipa

1 141 km parcourus du 16 au 22 février
20 926 km parcourus depuis le départ
 




 Mardi 16 février :

Pour ceux qui nous rejoignent juste ou qui ont un peu de retard dans nos aventures ou plutôt mésaventures... voici un petit point.
Nous sommes en panne depuis 18 jours à Calama...
Nous sommes donc de retour chez Fiat depuis hier lundi (voir dernier article). Les mécanos n'ont pas pu nous prendre en charge avant aujourd'hui 15 heures. Le but de la manœuvre du jour était de reprogrammer le calculateur du moteur. Un informaticien mécano a pris la main sur le camping-car depuis Santiago par Internet. Il n'a rien retrouvé à reprogrammer et les tests effectués paraissent bon. Le voyant moteur reste toujours allumé et les codes défauts toujours présents. Mais ceci n'empêche pas de rouler. Après un petit coup de fil aux toulousains Pascal et Bernard, nous envisageons même de prendre la route ainsi. Les mécanos nous disant qu'on pourra peut-être réussir à rouler 10, 100, 1000, 10000 km ainsi. Nous décidons de prendre la route.
Mais PATRATRA, le mécano au moment de tout remonter, met un coup de bombe nettoyant contact sur les connexions du calculateur. Bonne idée pourtant car ceci a pour effet de réparer le problème d'arrivée électrique à la valve de régulation de gasoil fixée sur la pompe à injection. Elle n'était plus alimentée et c'est pour cette raison que les mécanos de chez Iveco avaient mis une valve de rétention sur la pompe afin d'éviter le retour gasoil dans le réservoir. Par manque de chance, un des fils d'alimentation de cette valve était dénudé et s'est certainement mis à la masse du châssis ou de la carrosserie, ce qui a eu pour effet de ??? ben, on ne sait pas, mais toujours est-il que le moteur ne redémarre plus. Soit au mieux, la valve est morte, soit au pire, c'est le calculateur qui a pris un pet'.
Demain, démontage du calculateur pour le tester sur le banc. Si jamais il est mort, on va pleurer car ça coûte une blinde. Mais surtout comme on a neutralisé la vanne EGR et le FAP avant de partir en Amérique du sud, le nouveau calculateur ne sera pas programmé pour fonctionner sans. Auquel cas, on nous annonce qu'il faudra changer aussi le FAP et la vanne EGR...
Pour nous remonter le moral, nous prenons l’apéro (sans glaçon car le frigo est en panne). Pas de douche ce soir car le chauffe-eau est en panne. De toutes façons, on n'a bientôt plus d'eau. Sinon, tout va bien.
Pour couronner le tout, la soirée et la nuit sont très bruyantes. Les chiens de Calama qui sont certainement plus nombreux que les habitants ont mis un bazar inimaginable toute la nuit.

Mercredi 17 février :

Une nouvelle matinée se passe sans qu’on s’occupe de nous malgré mes allers-retours au garage pour me montrer et pleurer un peu. En fin de matinée, un mécano vient démonter le calculateur et s’en va avec dans le garage. Les heures de la journée passent sans nouvelle. On n’en peut plus. Avec Audrey, nous allons aux nouvelles auprès du patron. Celui-ci semble avoir pitié de nous et nous promet de faire en sorte que ses employés s’occupent de nous.
Manuel, notre deuxième mécano préféré revient et nous annonce la mauvaise nouvelle. Il faut changer le calculateur et donc le filtre à particule. Autre mauvaise nouvelle, il n’y en a pas au Chili et ils doivent le commander en Italie. L’importation se fait alors par bateau et prend environ 2 mois...
Me voilà, sur internet et sur Skype avec les amis mécanos (merci Pascal, Bernard, Philippe...) ainsi que le garage qui m’avait fait les modifications électroniques (vanne EGR + FAP). Leur avis est unanime. Je partage le leur. Nous doutons que le calculateur puisse avoir un défaut compte tenu des symptômes de pannes. Mais bon, il faut qu’on avance. Comment se faire rapatrier ces pièces ? Un Chronopost depuis la France ne prend que 6 jours mais étant donné que les pièces coûtent plus que 1000$US, il faut trouver un transitaire pour dédouaner le colis. La douane la plus proche est à 100 km à San Pedro de Atacama. Il y a de grandes chances que le colis traîne et nous retarde encore plus. Me voilà sur internet à regarder les billets d’avion pour que je fasse dès après demain un aller-retour à Paris chercher les pièces, auquel cas je n’aurai pas les frais de colis (200€) ni les frais de douane à payer (20% de la facture qui doit être jointe au colis, soit 600€ de taxes) et je m'assure de récupérer le colis rapidement. Je trouve un billet qui me fait transiter par Miami et New York. Tellement décidé, j’achète même le formulaire ESTA, sorte de Visa obligé pour faire escale aux États-Unis. Nous passons une soirée de merde. Audrey, de son côté, regarde les billets pour un retour définitif pour nous 4... Est-ce la fin du voyage ? Que faire du camping-car ? Nous n'avons plus que deux mois pour le sortir du Chili car notre certificat d'importation temporaire n'est valable que 90 jours. Et la famille qui a acheté ses billets pour nous rejoindre? De mon côté, j’hésite. Est-ce vraiment ça la panne ? Est-ce raisonnable de payer des milliers d’euros de pièces mécaniques et d’avion sans être persuadés de la pièce défectueuse ? J’envisage un temps de n’acheter que le calculateur, de descendre en début de semaine prochaine le faire programmer sur Saintes chez mon informaticien/mécanicien pour neutraliser le filtre à particules avant de remonter prendre l’avion à Paris ? Mais que faire si de retour ici dans quelques jours, cela ne fonctionne pas ?... ?????..... ????? Soirée de merde... Un petit cachet pour faire dodo... Nuit de merde... La pire journée depuis le début de notre voyage. Les enfants restent formidables.

Jeudi 18 février :

Je me réveille de très bonne heure et me voilà déjà sur internet. Puis, je repense à cette p..... de valve. Je reste persuadé que le problème vient de là. On a bien réussi à venir par la route depuis chez Iveco. Il n’y a pas de raison. Nous contactons Freddy, notre mécano de chez Iveco avec qui nous avions sympathisé. Il repasse nous voir chez Fiat et selon lui aussi, le calculateur ne peut rien avoir.
Nous allons de retour voir le patron à midi, lui qui nous avait promis hier que « mañana mañana », c'est-à-dire ce matin de bonne heure, on s’occuperait de nous. Hors, il est midi et nous n’avons vu personne malgré les promesses de Manuel ce matin dès 8h30 qui m’avait assuré venir me voir rapidement.
Puis en début d’après-midi, Manuel arrive enfin, l’air décidé à bricoler cette valve. Il bricole les fils du calculateur, bidouille des trucs que je ne comprends pas. Puis, au bout d’une heure : MIRACLE, le moteur redémarre. Manuel lève les yeux au ciel, un "alléluia" au bord des lèvres, l’air étonné que cela fonctionne de nouveau ! « Ne touche plus à rien à Manuel, on va au Pérou ! ». Nous partons faire deux fois le tour de Calama. Le moteur fonctionne bien mais semble manquer de puissance. Mais il est difficile de s’en rendre compte car tout est plat autour de Calama.
Que faire ? On part ? On ne part pas ? La prochaine ville est à plus de 300 km de désert. Celle d’après est 400 km encore plus loin.
Nous retournons chez Fiat voir Freddy qui nous dit de partir malgré le voyant allumé, le code défaut toujours présent et le manque de puissance. Il a confiance dans sa valve de rétention qu’il a installée. Il nous explique l’avoir prise sur un engin de travaux publics New Holland... Peu importe, sa bidouille semble fonctionner.
Désespoir ou inconscience ? On part. On rallume la balise GPS que vous étiez nombreux à scruter. Incroyable, nous avons eu entre 300 et 400 connections quotidiennes sur le blog ces derniers jours.
Ah si, on repasse chez Fiat rassurer Manuel, récupérer notre rallonge électrique et payer... Mais, là aussi, l’opération est gratuite et le patron nous dit juste : « buen viaje ». « Bon, ben, Gracias ! ».
Si la réparation tient, on ne s’en sera sorti pas trop mal... « à peine » 1000€ de dépannage et c’est tout, pas de pièces ni de main d’œuvre, aussi bien chez Fiat que chez Iveco. Évidemment, un petit billet pour deux mécanos préférés, Manuel et Freddy... sans qui nous aurions fait notre vie à Calama.
Rapidement, nous quittons Calama.
Nous passons devant la mine de cuivre de Chuquicamata dont je vous ai parlé dans le précédent article.

Petit arrêt devant un parking où sont stationnés les fameux engins. Le gardien nous autorise à nous approcher de ces monstres roulants.



Nous nous retrouvons rapidement en plein désert. Les premières montées nous font douter. Avons-nous pris la bonne décision car le camping-car a bien du mal à grimper ? Nous arrivons sur un haut plateau. Ce n’est pas trop mal. Je suis lancé à 90 km/h quand... tout à coup... le moteur se coupe. Tous les voyants s’allument au rouge. Que dalle, que tchi, nada,.. J’arrive à m'engager sur le début d’une piste et je m’arrête en plein désert. Calama est à 40 km derrière nous. Iquique est à plus de 250 km devant nous. ANGOISSE.
Je donne aussitôt un coup de démarreur qui relance le moteur. Gros coup de pédale d’accélérateur qui monte le compte-tour à plus de 4000 tours. Le ralenti semble tenir. Nous repartons.
Que s’est-il passé ?
La route ne se passe pas trop mal. Le moteur manque de puissance, n’a pas de reprise mais bien lancé, roule à plus de 100km/h.
Par contre les montées nous rappellent notre tendre jeunesse où nous roulions en 2CV ! En bas des côtes : 90km/h. En haut des côtes : 50km/h.et oui, elle n'est pas si loin cette époque où nous partions avec cet attelage ! et bien, on roule à la même vitesse...
La route est belle mais les paysages sont horribles. Un désert à perte de vue labouré par les engins de TP. Des pylônes soutiennent des kilomètres de lignes électriques qui traversent ce désert.
Par endroit, des hameaux abandonnés certainement car la vie est impossible ici dans ces endroits où il ne pleut quasiment jamais. La pluviométrie est de 0,8 mm par an !
Le sol est tout craquelé par la sécheresse.
Les rares oasis traversées comptent plus d’arbres morts que d’arbres vivants.
Des carcasses de voitures accidentées restent sur les lieux du drame.
Des tornades soulevant des nuages de sable traversent parfois la route juste devant nous.


Nous croisons des engins de TP à côté notre camping-car ressemble au camping-car Playmobil de Victor.
Sur 300 km, nous n’avons traversé aucune ville, aucun village, aucun hameau. De temps en temps, un site industriel ou des carrières et des mines.
Nous n’avons vu aucune forme de vie animale ou végétale. S’il y a bien un endroit où il ne faut pas tomber en panne, c’est bien ici. Ce désert est vraiment hostile !
En plein désert, arrêt obligatoire à un poste douanier marquant l’entrée dans la zone franche d’Iquique. Les voitures stationnent sur la route. Les conducteurs font la queue sur la route. Improbable en plein désert. Un simple tampon sur notre certificat d’importation temporaire au Chili et c’est reparti.
Autour de ce poste, des dizaines de véhicules abandonnés, recouverts de poussière donnent une impression de fin du monde.
En fin de journée, nous bivouaquons dans une station service, ce qui ne nous était pas arrivé depuis plus de deux mois. Quel bonheur !
Nous sommes rassurés d’avoir pris le risque de prendre la route. Mais il nous faudra encore quelques jours pour reprendre confiance en notre monture.

Vendredi 19 février :

Une seule envie : ROULER ! D’une part pour se rassurer sur le moteur, d’autre part pour avancer un peu. Et puis aussi, parce qu'il n'y a pas grand chose à visiter comme vous pouvez le voir. 
Iquique, grande ville du nord du Chili est à 50 km en retrait de la route panaméricaine sur laquelle nous roulons. Nous hésitons un court instant à y passer pour aller montrer le camping-car dans un nouveau garage. Mais non, ce n’est pas raisonnable. Ils vont nous faire perdre du temps et peut-être nous remettre en panne. Et puis, la prochaine ville Arica, n’est qu’à 400 km de désert de là !
Nous nous arrêtons visiter l’incroyable site d’Humberstone classé au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco.
La construction de cette ville a débuté en 1862 autour d’un gisement de salpêtre. La ville compta jusqu’à 5000 habitants mais est aujourd’hui une ville fantôme car la mine a fermé en 1960. Le climat sec de la région a contribué à la préservation des bâtiments.
Le salpêtre, plus connu sous le nom chimique de nitrate de potassium, servait comme engrais. Voici quelques publicités françaises du début du 20ème siècle ventant les mérites des engrais chiliens.

Nous commençons la visite par une grande allée où les baraquements servent de musée.


Anaïs et Victor sont surpris par les jeux faits de fils de fer et les wagons en boîtes de sardines.
Une autre salle présente des objets du quotidien.

Une autre présente des outils. Victor veut acheter un rabot pour son papi Jean-Claude qui en fait la collection mais nous lui expliquons que cela va être compliqué dans un musée... Nous découvrons des moules en bois dans lesquels était coulé du métal fondu pour fabriquer des outils... et des WC !
 

Nous observons également le confort rudimentaire de l’époque en visitant l’intérieur reconstitué des habitations du début du 20ème siècle.

Nous avançons dans le centre de la ville en traversant les rues bordées par les maisons d'habitation construites de bois, et panneaux métalliques.


Nous découvrons des infrastructures montrant le passé prospère de cette exploitation du salpêtre telle cette énorme piscine aux parois métalliques rivetées avec son plongeoir, ses gradins et ses vestiaires.
Un peu plus loin, la grande place d'Humberstone, le marché, l’église entièrement construite en bois.

 
Nous visitons l’école qui accueillait plus de 500 élèves répartis dans 8 salles de classe. Audrey joue à la maîtresse.
Inscrira-t-elle Humberstone dans sa liste de vœux lors de sa participation au mouvement de la rentrée 2016 ? J’en doute... car elle hésite sur la classe à double niveau. Elle a encore quelques semaines pour y réfléchir...
Un peu plus loin, le théâtre de 1936 avec ses parquets cirés, sa grande scène et ses superbes fauteuils en bois.

Un petit détour par l'hôpital.
La visite se poursuit par le secteur industriel. Nous errons dans de grands hangars abandonnés à jamais. Les machines-outils et des carcasses de locomotives, de wagons sont là, rouillés pour l’éternité.







Nous avons été enchantés par cette visite et celle-ci a fait le plus grand bien aux enfants qui ont passé 3 heures à courir, malgré la chaleur accablante. Cela leur a fait le plus grand bien.
Nous prenons la route après déjeuner. Nous faisons un détour pour aller observer un géoglyphe haut de 86 mètres pour 3000 m² de superficie (le plus grand du monde) : el Gigante de Tarapaca. Sur les flancs du Cerro Unitas, il regarde l’horizon de l’océan Pacifique.  Il représenterait le Dieu Créateur, et est coiffé d’une parure avec un oiseau dans la main gauche. Ce géoglyphe aurait été réalisé entre l’an 1000 et 1400.
Début d’après-midi, nous avons du mal à supporter la chaleur. Il faut dire qu’on est redescendu de nos hauts plateaux sur lesquels nous étions perchés depuis des semaines. Depuis début janvier, nous ne sommes pas descendus en dessous de 1500 mètres d’altitude et puis nous avons passé les 4 dernières semaines entre 2500 et 4800 mètres ! L’air était donc plus frais. Là, nous sommes à 800 mètres, à 50 km de la mer. Il fait très chaud. Ah si, je ne vous ai pas dit, la climatisation ne fonctionne plus. Certainement un mauvais remontage chez Iveco. Qu’importe... ce n’est pas grave... on préfère avoir un moteur qui nous fait avancer !
Nous reprenons la route et allons parcourir plus de 350 km avec les mêmes symptômes qu’hier. Pas pire. Plus de panne. Peu de puissance. Pas de reprise. Côtes difficiles mais ça monte quand même en troisième. Heureusement, le moteur a du couple, et bien que je n’arrive pas à pousser les rapports, il arrive quand même à emmener les vitesses supérieures, même en sous régime.
Je suis un peu rassuré par les nombreuses longues montées de col qui ne se passent pas trop mal.
Nous avons traversé les mêmes paysages qu’hier. Le nord du Chili sur cet axe de la panam’ n’est vraiment pas joli. Les reliefs vallonnés à l’approche de la ville d’Arica sont cependant moins monotones. Par endroit, un maigre cours d’eau ou une nappe phréatique permettent à la vie de se développer.



Nous attaquons 3 montées de 20 km chacune suivies d’autant de descentes vertigineuses. On observe un certain nombre de voitures quelques centaines de mètres plus bas dans le ravin.
Certains conducteurs chanceux en manque de freins arrivent à s'enfiler sur les pistes d'urgence, d'autres pas.

Sur certaines collines pelées, nous voyons d’autres géoglyphes représentant des figures humaines ou géométriques.
Le site de Chiza présente de superbes géoglyphes.
Un peu plus loin, à l’approche de la grande ville d’Arica, certains géoglyphes paraissent plus récents !
Les chiliens boivent une quantité de soda impressionnante. Dans le magasin où nous faisons un gros plein de courses avant de passer au Pérou demain , il y a des lots de 3 bouteilles consignées de 2 à 3 litres de sodas. Il y a même des promos sur des kits poulet+Coca...


Arrivés à l’altitude 0, Anaïs et Victor ressortent les bouteilles vides dans lesquelles ils avaient enfermé de l’air à 4832 mètres d’altitude il y a quelques semaines... La bouteille est toute écrasée de par la différence de pression atmosphérique. C’était la petite leçon de sciences du jour.
Nous bivouaquons face au Pacifique en comptant sur notre bonne étoile pour qu’il n’y ait pas de tsunami cette nuit. Bon le parking sur lequel nous dormons est en fait le lieu de rendez-vous des amants d’Arica. Les couples ne sont pas gênés de notre proche présence pour s’ébattre amoureusement dans leurs voitures.

Samedi 20 février :

En toute sécurité, les enfants jouent sur la plage.
Dernier passage à la pompe et au supermarché Lider pour dépenser nos derniers pesos chiliens. Puis nous nous apprêtons à quitter ce merveilleux pays qui nous a enchantés au même titre que l’Argentine. Nous sommes rentrés au Chili pour la première fois en Terre de Feu au mois d’Octobre. Depuis, quelle variété de paysages et de climats nous avons trouvée ! Nous avons été enchantés par la désolation de cette Terre de Feu, la traversée mythique du détroit de Magellan, l’extraordinaire parc national Torres del Paine, la séduisante île de Chiloé, les majestueux volcans Osorno et Villarica, la verte région de Pucón, les tentaculaires grandes villes de Santiago et de Valparaiso, la mystérieuse île de Pâques, l’incroyable désert d’Atacama... Nous gardons également un bon souvenir de l’accueil et de la bienveillance des chiliens. Nous avons passé également de merveilleux moments avec nos amis voyageurs.
Nous voici donc dans la longue file d’attente du poste douanier de la frontière. Des dizaines de personnes font la queue au poste de Migración du coté argentin. Info pratique pour les futurs voyageurs : il faut aller acheter dans le bâtiment de droite au 2ème étage à la caisse de la cafétéria les formulaires à remplir permettant de rentrer au Pérou. (2000 pesos pour nous 4, paiement CB possible).
Le second passage se fait pour la sortie du véhicule du Chili.
Quelques centaines de mètres, on recommence mais côté chilien. Audrey fait la queue avec les enfants le temps que je change à la casa de cambio quelques dollars contre des Nuevos Soles péruviens pour acheter l’assurance obligatoire.
On se fait tamponner les passeports. Les passagers passent d’un côté au scanner comme à l’aéroport. De mon côté, je reprends le volant et passe au contrôle du véhicule. 2 douaniers montent dans le véhicule et contrôle tous les placards. Nous ne le savions pas mais les produits frais ne sont pas autorisés. Ils veulent me jeter mes 2 douzaines d’œufs, mes 6 oignons, mes 6 tomates, un gros melon et le fromage. Je négocie avec les douaniers en leur expliquant que nous allons manger ce midi tout ça. Ils repartent avec 2 oignons et 3 tomates. Le reste ne doit pas être dangereux sanitairement. Ils me confisquent également ma bouteille neuve de Pisco en m’expliquant que c’est le seul alcool interdit d’importation au Pérou car c’est la boisson nationale. Je négocie en leur expliquant que nous allons la boire aussitôt car c’est aujourd’hui l’anniversaire de  ma femme... Ils n’apprécient pas la blague et partent avec la bouteille. Je regrette de ne pas l’avoir vidée dans l’évier mais bon, ils m’auraient embêté sur autre chose.
Les formalités ne sont pas finies. Il faut à présent se faire imprimer le certificat d’importation temporaire du véhicule, ce qui est chose faite au bout d’une ½ heure.
C’en est fini avec le passage de la douane mais pas avec les formalités administratives car il faut à présent acheter l’assurance Soat obligatoire pour circuler au Pérou. Pour les futurs voyageurs, elle s’achète juste après le poste de frontière (grand bureau Soat sur la droite). Paiement en pesos chiliens, en dollars, en Nuevos Soles ou en CB. Coût : 9300 pesos chilenos pour un mois ou 15100 pesos chilenos (19$US) pour 6 mois pour ceux qui repassent comme nous au Pérou pour la redescente vers le sud.
Repas et gâteau d’anniversaire où Audrey souffle ses allumettes en guise de bougies.
Elle ouvre ses cadeaux que nos deux adorables enfants lui offrent : un chapeau et un tour de cou en tissage local.
Puis, c’est à nouveau le désert... 400 km de désert de sable... Pas de vie... Des paysages désolés... Tacna, est une grande ville agitée au milieu de cette immensité de ce décor minéral. Enfin du wifi permettant de donner des nouvelles, chose que nous n’avions pas pu faire depuis notre départ de Calama.
Puis à nouveau du désert, des cols que notre camping-car monte poussivement.


Nouveau contrôle des douanes en plein désert qui ne se limite qu’à un simple contrôle de papiers. Pas de fouille pour nous.
Puis, un policier nous arrête. « Vous allez dans quelle direction ? » « Nous allons vers Arequipa » « Ah, vous pouvez m’emmener ? ». Nous voici avec un auto stoppeur en uniforme, arme à la ceinture. C’est parti pour 4 heures de route à échanger avec lui. Moment sympathique à parler de son pays, du nôtre, de guerres, de religions, de terre sainte (là, j’ai décroché un peu...) et d’apocalypse qui aura lieu dans 5 ans selon lui. Pas très rassurant...
La conduite à la péruvienne que j'ai adoptée, à savoir doublement sur les lignes continues et excès de vitesse ne semblent pas offusquer mon passager.
Nouveau contrôle de policiers qui font une drôle de tête en voyant celle de mon passager. Cela ne les empêche pas de faire un contrôle approfondi de mes papiers et de me reprocher de conduire torse nu.
Nous voyons des « villages » où on se demande comment peuvent vivre les gens dans un tel endroit inhospitalier. De gros projets d’irrigation dans le désert sont en cours.
Nous traversons une vallée fertile arrosée par un cours d’eau qui permet la culture de céréales et de riz.


De grands filets sont tendus dans le désert dans le but de récupérer l’humidité du brouillard. Les gouttelettes prisonnières des mailles du filet sont récupérées dans des cuves.
La fatigue me gagne et je n’aime pas trop rouler la nuit mais je me vois mal planter mon auto-stoppeur en plein désert. D’autant plus qu’il fait dans 2 heures le trajet retour en bus. Nous roulons jusqu’à 21h30 et nous nous arrêtons bivouaquer dans une station service à l’entrée d’Arequipa. Nous sommes à 2335 mètres d’altitude dans la deuxième ville du pays. Nous apprenons qu’il n’est que 19h30. Changement de fuseau horaire oblige (2 heures de différence avec le Chili et 6 heures avec la France). Il va donc falloir s’habituer à ce qu’il fasse nuit à 18h30, en plein été !
Nous avons parcouru 1 200 km depuis Calama et nous sommes un peu rassurés. De toute façon, il ne nous reste plus que 10 000 km à faire avant la fin du voyage...
Bien fatigués, la rue très bruyante ne nous empêche pas de nous endormir profondément... jusqu’au moment où à 23h30, on frappe à la porte. J’ouvre la fenêtre de la capucine. C’est la police qui nous dit que l’endroit n’est pas sûr pour passer la nuit et que pour nous protéger, ils vont se garer en face pour nous surveiller. Bon, ils ne vont rester qu’une heure. Cependant, nous ne craignons pas grand chose garés à 10 mètres du pompiste qui travaille toute la nuit...

Dimanche 21 février :

Ecole, mise à niveau de mon liquide de refroidissement qui semble avoir une fuite, ménage, lessive, cafés... Bref, du quotidien...
En fin de matinée, nous montons chercher un stationnement pour visiter le centre historique d’Arequipa, classé au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco. Nous tentons l’approche de la Plaza de Armas et par chance trouvons dans la Calle Bolivar, un endroit pour nous garer au pied de l’église San Agustín, à 100 mètres de la place centrale de la ville. De plus, c’est gratuit, ça semble sécurisé et on capte le wifi de l’hôtel à qui je suis allé demander la contraseña pour me connecter à leur réseau. Quelle chance de pouvoir bivouaquer en hyper centre historique de cette ville de 880 000 habitants !
Nous partons une heure appréhender l’atmosphère de la ville et de la Plaza de Armas. Cette superbe place, bordée de bâtiments sur arcades est pleine de monde en ce dimanche. L’ambiance est sympa.



Pas beaucoup de tenues traditionnelles comme nous pensions en voir. Mais les gens ont les traits andins.




Victor court après les pigeons comme d'habitude.
Retour au camping-car car c’est l’heure de l’apéro. Avec une journée de retard, nous ouvrons la bouteille de Coteaux du Layon que nos amis Dimitri et Manuela avaient offert à Audrey pour son anniversaire !
Petit tour à la caserne des Bomberos d’Arequipa pour le plaisir de mon petit bonhomme...
L’après-midi est consacrée à la visite du superbe monastère de Santa Catalina de Siena, « une ville dans la ville » avec ses rues, ses places.
C’est en 1579, 40 ans après l’arrivée des premiers espagnols à Arequipa, qu’est fondé ce lieu où des femmes d’origines sociales diverses entrent au couvent, abandonnant leur famille à jamais. Durant 4 siècles, 170 nones et leurs 300 servantes ont vécu ici. Ce monastère est encore occupé par 30 sœurs âgées de 18 à 90 ans aujourd’hui mais dans une partie qui ne se visite pas. Ce n’est que depuis la visite du Pape en 1985 qu’elles ont le droit de parler et de sortir.
Pour y entrer, les femmes issues des grandes familles d’ascendance espagnole, devaient verser une dote conséquente au moment de prononcer leurs vœux. En contrepartie, elles étaient autorisées à avoir jusqu’à 4 servantes, à organiser des réceptions.
Construit en tuf de lave blanche, c’est le monument qui exprime le mieux l’architecture coloniale d’Arequipa. Un imposant mur d’enceinte isole cette citadelle du reste de la ville. Ce magnifique monument a été restauré suite aux séismes de 1958 et 1960.
Cet ensemble de bâtiments couvre une superficie de 20 hectares en plein quartier historique d’Arequipa.
La visite commence par les parloirs, seul lieu où les religieuses pouvaient une heure par mois échanger avec le monde extérieur.
C’est dans la salle des ouvrages que les religieuses, avec l’accord de l’Evêque, recevaient des visites importantes.
On traverse le patio du silence aux murs peints en rouge vif et en bleu nous rappelant celui des jardins de Majorelle de Marrakech.



Au fond de celui-ci, se cache le cloître des novices orné de superbes fresques peintes.

Plus loin, le cloître des orangers est tout simplement magnifique.

Autour de ce cloître, nous visitons plusieurs cellules ou plutôt appartements composés de cuisine à ciel ouvert, cabinet d’aisance et salon, petit patio extérieur.



Les servantes vivaient au dessus de ces cellules dans des conditions plus sommaires.
Nous empruntons la rue Malaga, elle aussi comptant plusieurs cellules, chacune ayant au dessus de sa porte d’entrée le nom de la religieuse y habitant.






La salle Zurbarann aujourd’hui transformée en musée, abritait autrefois une infirmerie avec dans chaque alcôve des lits.
Dans la calle Cordoba, nous visitons la salle où étaient fabriquées les hosties. Nous y voyons entre autres ustensiles, ce mortier en pierre poreuse qui servait à filtrer l’eau pour la fabrication des hosties, ainsi que ce moule à hosties.


Toutes les rues portent des noms de villes espagnoles. Elles sont bordées par d’autres cellules que nous visitons.

La rue Toledo abrite les parties les plus anciennes du monastère.


Petite pause au Café del Monasterio pour y déguster un cappuccino accompagné de pâtisseries faites par les religieuses ressemblant étrangement aux mantecaos pieds-noirs !

La pluie commence à tomber et à nous refroidir. Cela fait bien 3 mois que nous n’avions pas vu une goutte de pluie !
Nous traversons l'étonnant lavoir fabriqué dans des demi-jarres.
Suivent les cuisines collectives noircies par les siècles de fumée qui jusqu’en 1871 étaient en fait la première chapelle du monastère.
Un peu plus loin, la place Zocodober et une jolie fontaine ainsi que les bains douches des nonnes.



Nous visitons la cellule de Sœur Ana de los Angeles Monteagudo à qui on attribue d’innombrables miracles et qui fut prieure du monastère où elle mourut en 1686. Elle fut béatifiée par Jean Paul II en 1985.

On poursuit la visite par l’immense réfectoire et le cloître Majeur, grand espace fleuri orné lui aussi de fresques.



La visite se termine par l’église et l’ancien dortoir abritant une pinacothèque rassemblant 400 peintures.
Bien refroidis par cette fin de visite pluvieuse, nous allons nous réfugier dans notre camping-car. Les messes de l’église voisine s’enchaînent depuis ce matin et les chants raisonnent dans le camping-car. Il est 18h, la nuit commence à tomber. Audrey prépare une soupe pour nous réchauffer. Quel changement d’ambiance avec les chaudes journées passées en plein désert ! 
 

Lundi 22 février :



Nous ne sommes pas remis du décalage horaire. Bon d’accord, les enfants se sont couchés hier soir à 19h30... Ce matin, tout le monde est réveillé à 6h30... L’école commence à 7h15 ! et à 9h15, la récré commence...

Nous partons visiter Arequipa, la ville blanche. Tous les monuments sont construits en tuf volcanique.  La ville a conservé de son passé colonial un superbe centre historique.
Nous commençons par la Casona Iriberry qui abrite l’université nationale de San Agustín. Joli patio intérieur et jolie vue depuis les toits sur les enfilades des arcades de la Plaza de Armas.



Non loin de là, nous passons sous le joli porche de la Casa del Moral et sa superbe façade sculptée du 18ème siècle.

Le centre ville assez touristique contient un grand nombre de boutiques vendant de superbes tissages en laine d’alpagas et de bébés alpagas. Le travail est superbe.

Une autre superbe façade de 1738, calle San Francisco, est celle de la banque BBVA.
Passé le splendide portail ouvragé de style baroque, nous accédons à une succession de 3 mignons patios aux décors sculptés et aux menuiseries en bois ciselé.

Les banques à d'autres endroits du quartier historique occupent de superbes édifices monumentaux des années 1940-1950, au style néo-aréquipénien.

Le Pasaje de la Catedral est une jolie petite rue remplie de restos.
Nous arrivons quelques cuadras plus loin à l’église Santo Domingo. Les séismes l’ont détruite et de l’ancien édifice du 17ème siècle ne subsiste que la tour et un élégant portail sculpté.

Les tremblements de terre étant fréquents ici (le dernier remonte à 2012), il y a des points de rassemblements dans l’église en cas de nouvelle alerte près des piliers.
Nous visitons un des principaux monuments de la ville, l’église jésuite de la Compañia. Datant du 17ème siècle, elle possède une façade baroque splendide offrant une profusion de détails représentatifs du métissage préconisé par les jésuites. Les pumas, serpents et oiseaux côtoient les anges emplumés.

L’intérieur de l’église est également très beau de par son retable tout en bois sculpté et doré du 18ème siècle. Les églises sont très fleuries et toujours remplies de fidèles qui prient.


Nous accédons à la chapelle San Ignacio. Elle est superbe. L’intérieur de sa coupole polychrome est couvert d’une décoration exubérante d’oiseaux, de fleurs.


Deux cloîtres aux piliers superbement sculptés sont également très agréables à visiter. Ils sont aujourd'hui occupés par des boutiques.

Nous allons ensuite nous abriter de la pluie au marché couvert, très coloré et très animé.
Quelle profusion de fruits, légumes, viandes, viandes séchées, produits laitiers, bazar, fleurs...







Les étals sont très bien agencés. Il y a une quantité incroyable de variétés de pommes de terre. Il y en aurait plus de 4000 espèces différentes au Pérou.
Il y a même un secteur vendant des plantes médicinales, des produits aphrodisiaques ou encore des fœtus de lamas séchés (pour les rituels chamaniques).
Nous montons à l’étage manger au Comedor, sortes de restos populaires où mangent les locaux. A nous quatre, nous mangeons entrée (Chayro pour nous, Caldo Blanco pour les enfants) et plat (Loma saltado pour nous et Chuleta Frita pour les enfants... nous non plus, on ne sait pas ce qu'on a mangé mais c'était plutôt bon !) pour 3€ en tout !
Retour en début d’après-midi au camping-car pour nous mettre à l’abri de l’humidité, faire une pause et attendre que les bâtiments n’ouvrent de nouveau leurs portes à 17h. En chemin, nous passons devant de jolies maisons aux balcons de bois bien travaillés.

Après une bonne pause au camping-car car la pluie tombe sans discontinuer, nous repassons devant la cathédrale. Sa façade très massive qui borde la place d'armes mesure 108 mètres et n'est en fait qu'un décor car c'est le flanc de l'église. Elle a été reconstruite en 1868 dans un style néo-Renaissance suite à de nombreux tremblements de terre et incendies.

Enfin, nous terminons notre journée et notre visite d'Arequipa par l’église San Agustín, à côté de laquelle nous bivouaquons. Superbe façade sculptée.

et un dernier petit tour sur la Plaza de Armas... de noche.



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