Photo Alpagas

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mardi 29 décembre 2015

Chili du 16 au 24 décembre : Ile de Pâques




« Il est au milieu d’un grand océan, dans une région où l’on ne passe jamais, une île mystérieuse et isolée ; aucune terre de gît en son voisinage et, à plus de huit cents lieues de toutes parts, des immensités vides et mouvantes l’environnent. Elle est plantée de hautes statues monstrueuses, œuvres d’on ne sait quelles races aujourd’hui disparues, et son passé demeure une énigme. »
Pierre Loti - 1872

Mercredi 16 décembre... 2015 :

Il est 6h50. Pour la troisième fois depuis 4 mois de voyage, le réveil sonne... Nous sommes garés sur le parking de l’aéroport de Santiago. Les bagages sont bouclés depuis hier soir. Après un petit déj’ vite avalé, nous fermons bien notre camping-car en laissant le moins de choses apparentes et l’abandonnons pour les 8 prochaines nuits.
L’excitation des enfants est au maximum et nous nous dirigeons vers l’aéroport avec nos 80 kg de bagages répartis dans 9 sacs. Le vol est prévu à l’heure, ce qui n’aurait pas été le cas demain et les jours suivants car un mouvement de grève est prévu et les prochains vols sont annulés. Enregistrement des bagages. Pas de frontière, ni de douane à passer car nous restons au Chili malgré les 4 000 km et 5 heures de vols qui nous séparent de notre destination.



Bon, la destination, vous l’avez compris. C’est l’ILE DE PAQUES !!! Nous nous offrons ce joli voyage en cette terre chilienne de Polynésie grâce à la générosité de beaucoup d’entre vous, lecteurs de ce blog et présents à notre mariage avant notre départ. Nous avions en effet une petite boite, destinée à nous aider à financer notre voyage de noces (à 4, on ne laissera pas nos enfants seuls !), notre prochaine escapade aux îles Galápagos, prévue au mois d’avril. Merci encore à tous ceux qui ont fait déborder cette petite boîte, ce qui nous permet de nous offrir en plus, cette magnifique lune de miel sur un petit caillou perdu au milieu de l’immensité de l’océan Pacifique.
Avec 50 minutes de retard, le Boeing 787-9, quitte le tarmac de Santiago, traverse le nuage de pollution avant de nous offrir une jolie vue sur la cordillère des Andes.

Puis, cap plein ouest direction l’Isla de Pascua à plus de 11 000 mètres d’altitude.

Pour occuper une partie de mon vol, grâce à mes guides touristiques, je vous propose une petite leçon de géographie...
D’origine volcanique (ses volcans sont aujourd’hui éteints depuis 8000 ans), et reposant par 3000 mètres de fond, l’île de Pâques se trouve à 3760 km des côtes chiliennes et à 4100 km de Tahiti. C’est l’île habitée la plus éloignée de toute terre habitée. Les pascuans, habitants de l’île, la considère contre le nombril du monde. Pitcairn, l’île la plus proche est à 1900 km vers l’ouest et abrite 50 habitants. Mais la situation évolue, car l’île se rapproche du Chili de 10 à 15 centimètres par an en raison du mouvement tectonique. Un jour, les scientifiques prévoient que l’île disparaîtra sous les eaux car la plaque Nazca glisse sous la plaque d'Amérique du sud.
L’île appartient au secteur géographique de l’Océanie et plus particulièrement de la Polynésie, c’est-à-dire le triangle imaginaire regroupant les îles situées entre la Nouvelle Zélande, Hawaï et l’île de Pâques.


L’homme vit en Océanie depuis 40000 ans (Australie, Nouvelle Guinée) mais que depuis 1500 ans en Polynésie.
L’île de Pâques prend la forme d’un triangle de 24x16x12 km, chacun de ses angles étant marqué par un volcan. Il y a également 70 autres petits cônes volcaniques.


Son climat subtropical, chaud et humide offre à ses 6000 habitants une température descendant rarement en dessous de 14°, et le temps est tempéré par une brise quasi permanente. En cette période d’été austral, la température varie normalement de 15 à 28°. Pour nous, ce sera plutôt entre 20 et 35°.
Le décalage horaire est de 2 heures avec le Chili et de 6 heures avec la France.
Après quasiment 5 heures de vol (l’avion a dû prendre un raccourci car il a rattrapé son retard !) et autant d’heures de dessins animés pour les enfants, nous atterrissons sur ce minuscule morceau de terre perdue au milieu de l’immensité du Pacifique, sur l’une des plus longues pistes d’atterrissage au monde. Elle a en effet été agrandie par les américains pour pouvoir accueillir en cas de besoin les navettes spatiales ! Bon, elle n’a finalement jamais servie...
 
En descendant de l’avion, Victor a la chance que le commandant de bord l’invite à prendre le manche dans le cockpit. Il se coiffe de la casquette du pilote et prend ainsi place aux commandes du 787 ! Assis dessus, il me dit : « Il faudra dire à mon cousin Mattéo, que je me suis assis à la place du pilote, comme il veut conduire des avions ! ».

En 4 mois de voyage, nous mettons le pied sur notre 4ème continent ! Le voyage avait en effet commencé à Istanbul en mettant un pied en Europe et en Asie, puis l’Amérique du sud, et à présent... l’Océanie...
Nous récupérons péniblement, au bout d’une heure, tous nos bagages, si lourds pour la bonne raison que tout ici est importé du continent et à priori les prix pratiqués dans les épiceries sont déments. Aussi, nous sommes partis avec toute la nourriture pour 9 jours, ce qui explique nos 80 kg de bagages... Nous ne sommes évidemment pas les seuls à faire ainsi et il était rigolo de voir à l’enregistrement à Santiago tous les touristes et pascuans emmenant glacières et gros cartons d’alimentation. Dans l’avion, des passagers entraient avec des gros sacs de fruits et légumes en bagages à main.
Les employés de l’aéroport Mataveri de Hanga Roa ont du mal à alimenter le seul tapis de bagages avec les tonnes d’alimentation qu’il a sur lui. A la sortie de l’aéroport, nous recevons un accueil chaleureux et typiquement polynésien de Maria. La propriétaire à qui nous avons loué une maison est venue nous chercher et nous attend avec un petit panneau indiquant mon prénom et 4 jolis colliers de fleurs fraîches qu’elle nous met autour du cou en nous embrassant.

Heureusement, elle est venue en 4x4 pick-up pour nous ramener avec tout notre attirail. Nous traversons l’unique village de l’île, Hanga Roa et arrivons dans la maison que nous lui louons.



C’est son ancienne maison familiale et l’une des plus vieilles de l’île (autour de 60 ans). Nous découvrons notre grand logement typique de l’île. Il est construit en ciment et en corail. Nous passons de nos 10 m² à environ 80 m². De plus, nous avons 3 chambres ! C’est bien aussi, un peu d’intimité pour un voyage de noces !
Les enfants sont ravis de défaire leur sac et de ranger les quelques jeux emmenés sur leurs étagères. Salon, salle à manger, cuisine, SDB, terrasse, jardin... et je vous ai gardé le luxe pour la fin : un FRIGO qui fonctionne ! Bon, le comble, c’est que l’on n’a pas grand-chose à mettre dedans car notre frigo du camping-car ne faisait pas assez de froid la nuit d'avant le départ, pour conserver les aliments après le gros plein de courses.
Maria nous offre des fruits de la passion pour nous accueillir.


Nous n’avons pas mangé depuis le petit déj’ de ce matin et un autre petit déj’ servi dans l’avion. Il est 16h45, heure locale, mais 18h45 dans notre ventre lorsque nous passons à table... pour le repas du midi.
Le matin suivant, pas d’école. Ces sont les vacances pendant 9 jours... En même temps, elles sont bien méritées. Ce sont les premières depuis mi-août et seulement une journée par semaine au maximum saute. Les enfants et Mamantresse méritent bien une pause !
Nous partons visiter le passionnant musée anthropologique Sebastián Englert.


Il retrace l’histoire de Rapa Nui malgré le très peu d’informations sûres dont les archéologues, anthropologues, ethnologues disposent. Ce musée nous a tellement intéressés que grâce aux panneaux explicatifs et photos, je vais vous retranscrire ce que nous avons appris. C’est un peu long... mais tellement mystérieux et énigmatique que ça en devient passionnant. Cet article sera donc un peu différent des autres où je vous raconte nos aventures, jour après jour. Cette fois-ci, ce sera un article pour l’ensemble de notre séjour, pour tenter de vous faire comprendre ce que l’on a appris. Bien entendu, la visite de ce musée m’a bien aidé à rédiger cet article ; nos guides touristiques ainsi que les nombreux livres de la bibliothèque de la maison, dans lesquels nous avons passé de nombreuses heures aussi.
Rapa Nui est le nom officiel de l’île de Pâques. Cette île est celle des mystères inexplicables, en raison de la transmission principalement orale de la Connaissance.
Les Kohau Rongo-rongo, sont un des aspects énigmatiques de la culture Rapa Nui. Appelées tablettes parlantes ou ligne de récitation, ces objets démontrent qu’il exista un type d’écriture à l’île de Pâques. Mais ce système était unique au monde et n’avait pas d’antécédent similaire en Polynésie.





Leur principale caractéristique est que sur une ligne, les signes sont en position normale, tandis que sur l’autre, ils se trouvent inversés par rapport à la ligne antérieure. Il faudrait donc retourner la tablette à chaque fois qu’on arrive à la fin d’une ligne.
Les signes inscrits permettaient de se rappeler des chants, des traditions et des généalogies.
Mais ce système d’écriture n’est pas phonétique et ce qui est écrit ne se prononce pas pour former des mots. Chaque signe représente des noms, des personnes, des dates ou des activités.


Malheureusement, l’écriture Rongo Rongo était une connaissance limitée à un groupe de personnes initiées et quand les Maoris Rongo Rongo moururent aux mains des esclavagistes péruviens entre 1862 et 1864, leur connaissance se perdit irrémédiablement.
A ce jour, seuls 28 objets dont 14 tablettes complètes ont été retrouvés.
On ne sait rien de ce qui s’est passé entre le 5ème et le 17ème siècle. L’absence de documents historiques favorise les hypothèses les plus fantaisistes sur les peuples ayant habité cette île. Les premières études vraiment scientifiques datent de 1980, alors que l’ancienne culture est quasiment éteinte.
Une théorie évoque un peuplement polynésien venu des îles Marquises en pirogue il y a 1600 ans. Sur les pétroglyphes présents sur l’île, ces types d’embarcation, probablement à coque double, sont d’ailleurs représentés.


Les archéologues ont défini 3 grandes phases préhistoriques :
  • La phase de peuplement : entre 400 et 1000, soit de l’arrivée des polynésiens jusqu’au début du développement de la culture mégalithique qui caractérise l’Ile. Certaines statues sont érigées dès 700 mais de tailles plus petites que celles de la phase suivante.
  • La phase Ahu Moai : entre 1000 et 1680, la culture Rapa Nui atteint son apogée avec l’édification des énormes centres cérémoniels et des fameuses grandes statues. Les premiers Moai ont été confectionnés entre 1000 et 1200 mais la majorité des statues, dites Moai, ont été sculptées et érigées au 14ème et 15ème siècle. C'est seulement à partir de 1500 que les statues sont coiffées de leur chapeau rouge.
  • La phase Huri Moai : à partir de 1680, c’est une étape de conflits entre les différentes lignées. Les Moai sont renversés et le culte de l’homme-oiseau Tangata Manu, dont je vous parlerai plus tard, prend place. Aucun Moai n’est édifié au cours de cette phase.


En 1722, Rapa nui est découvert par le premier européen, un hollandais, le jour de... Pâques. Cela ne fait donc que 300 ans que ce lieu de mystère est connu du monde occidental. Les Ahu (lieux où sont posées les statues) continuent à être utilisés comme sépultures. Un siècle plus tard, d’autres aventuriers viennent piller l’île et capturer des esclaves pour aller travailler en Amérique du sud. En 1863, la plus grande partie de la population restante est réduite en esclavage par les péruviens. Ceux qui résistent sont tués ou meurent de maladie et il ne reste plus que quelques centaines d’habitants sur les 5000. Le gouvernement français réclame alors au Pérou l’arrêt de l’esclavagisme. Les 15 esclaves survivants sont rapatriés mais reviennent sur l’île de Pâques avec des maladies ce qui réduit encore plus le nombre d’habitants. Les dépositaires du savoir meurent et la mémoire de l’île est anéantie.
En 1864 arrivent les missionnaires catholiques. 4 ans plus tard, la population est convertie au Christianisme. Il ne reste plus que 111 habitants en 1877. Las Ahu perdent toute fonction religieuse.
En 1888, les chiliens prennent le contrôle de l’île ouvrant une porte commerciale vers l’Asie. Ce sera alors l’agonie de la culture originelle quand le gouvernement chilien donne l’île en concession à une compagnie anglaise. La première moitié du 20ème siècle est ainsi marquée par les élevages intensifs de moutons, gérés sous licence par les Britanniques qui exploitent l’île jusqu’en 1953.
Cette période de l’Histoire des Rapa Nui n’est pas connue malgré qu’elle n’ait eu lieu il n’y a que quelques décennies. Sans nos propriétaires, Maria, Rapa Nui mariée à Gilles, un français, nous serions passés à côté de cette période tragique et relatée dans très peu de guides touristiques. Tous deux sont passionnés de l’île de Pâques, de la culture Rapa Nui et de l’Histoire de celle-ci. Ils ont participé à un très intéressant documentaire pour France O que je vous invite à découvrir en cliquant ici (documentaire de 52 minutes). Il traite de cette sombre et méconnue période de la première moitié du 20ème siècle où les anglais, exploitant leurs milliers de moutons, empêchaient les Rapa Nui de sortir du village et d’accéder au reste de l’île qui était d’ailleurs barricadée par des barbelés.
Nous avons vu la dernière ferme en ruine où étaient élevés ces moutons.

Le littoral était quant à lui gardé par des militaires afin d’éviter que les habitants ne s’échappent. Certains ont pourtant réussi, en atteignant à la rame Tahiti. D’autres ont réussi à faire parvenir des lettres au gouvernement chilien pour l’alerter sur les conditions de vie sur l’île de Pâques. C’est alors que celui-ci en a pris conscience et n’a pas renouvelé la concession à la compagnie lainière anglaise.
Un monument rend hommage aux 8 expéditions en mer entre 1944 et 1958. Parmi ces 40 personnes qui ont fuit l’île contrôlée par les anglais, beaucoup évidemment ne sont pas arrivés à rejoindre une île ou un continent.


Par la suite, le Chili reprend le contrôle de l’île, construit un aéroport en 1967 et ainsi souffle un vent nouveau sur le rocher. Les droits civiques sont ouverts aux Rapa Nui. Entre 1970 et 1980, se développent les services de distribution d’eau, d’électricité, et les constructions d’école et d’hôpital.
Aujourd’hui, Rapa Nui vit évidemment du tourisme.
Voilà pour ce rapide balayage historique qui rend tellement fascinant l’approche de la culture de ce petit caillou au bout du monde, déclaré Patrimoine de l’humanité par l’Unesco en 1995.

Venons-en à nos fameuses statues appelées Moai et entrons dans le parc national Rapa Nui.




Les centres cérémoniels de la Polynésie orientale sont appelés, sur l’île de Pâques, Ahu. En majorité, ils comportent une place de forme rectangulaire. Cet espace sacré est délimité par des murs ou bien des pavages et servait de lieu de réunion de la communauté et de réunions cérémonielles et religieuses.


L’Ahu, le lieu le plus sacré était une plateforme inclinée à l’une des extrémités de la place.

On rendait à l’époque le culte aux ancêtres représentés par ces statues. Les statues ne représentaient ni des dieux, ni des démons. Ce n’était pas non plus des objets de culte organisé comme le Christianisme ou le Bouddhisme. Il s’agissait de statues commémoratives commandées par les descendants des chefs d’un clan ou par les chefs eux-mêmes. La taille de chaque nouvelle statue indiquait donc le prestige de chaque clan.
Trois types d’Ahu furent construits à Rapa Nui mais la réalisation architecturale la plus importante réside dans les fameuses grandes statues de tuf volcanique qui couronnent cette plateforme. Entre une et 15 statues étaient posées sur des grandes dalles en basalte. Les murs très bien ajustés étaient constitués de blocs rectangulaires eux aussi en basalte.

Il y avait dans ces constructions, des crématoires (partie postérieure de l’Ahu, en hauteur) et des niches funéraires (plus tard dans la culture Rapa Nui). Ces dernières se trouvaient dans les rampes inclinées des ahu. On a aussi lu que parfois, le corps du défunt était d’abord séché, entouré de végétaux, accroché à côté de l’Ahu pendant 1 à 2 ans puis ses os étaient rassemblés dans une urne en pierre.

Hormis trois matériaux durs utilisés (basalte, scorie et trachyte), 95% des Moai étaient taillés dans du tuf volcanique, présents sur les parois du volcan Rano Raraku, où je vous emmène à présent. Mettez de la crème solaire, indice 50 000, nous sommes sous un soleil de plomb... et la couche d’ozone est mince au dessus de nos têtes.
Nous allons tout d’abord visiter le lieu de prélèvement de la matière première des sculptures, l’atelier de taille et le centre de distribution des Moai, tout ça sur les pentes du volcan Rano Raraku.


Il est comptabilisé actuellement 887 Moai sur l’île dont seulement 288 sont érigés sur un Ahu. 397 sont restés à la carrière sur les flancs de ce volcan et 92 sont restés en cours de transport vers l’Ahu. D’autres sont au Musée du Quai Branly ou au British Museum.
Nous avons donc sous nos yeux des centaines de Moai qui n’ont pas été transportés jusqu’à leurs plateformes.




Certains d’entre eux, restés dans leur cavité permettent de comprendre le processus délicat de leur taille. Le Moai est ainsi d’abord délimité dans la roche pour être taillé. Ensuite, il est taillé et repose sur une quille dans son dos qui le maintient à la roche mère.
Observez sur la photo suivante ce Moai long d’une dizaine de mètres. Il n’a pas été terminé mais on imagine le travail de forçat pour le tailler dans la roche volcanique.
La quille était ensuite éliminée et le Moai glissait vers le bas du volcan. Enfin, le Moai était placé dans un fossé du volcan pour terminer la taille du dos.
Une fois terminée, la statue devait être transportée vers sa destination finale, parfois distante de 20 km. Mais là, de nombreuses théories varient quant au mode de transport. Et aucune n’est totalement convaincante... comment faire pour déplacer des statues de 15 à 20 tonnes ? sachant que l’île est recouverte de 70 volcans...





D'autres théories sont avancées par d'autres spécialistes qui font appel aux forces électromagnétiques ou aux extra terrestres...

Une fois arrivé sur la plateforme, le Moai était relevé en accumulant progressivement des pierres sur la partie frontale jusqu’à son redressement total.
De ce volcan, la vue sur l’immensité de l’océan est incroyable. Nous n’avons jamais eu une vue à 180° si lointaine, si dégagée. La Terre nous paraît bien ronde avec la ligne d’horizon incurvée. C’est incroyable.
Puis, nous montons en haut du volcan, au bord du cratère.

Une quarantaine de Moai sont là, posés à nous observer. Pierre Loti écrivait : « Ils ont l’air de regarder et de penser ».

Autour de cette lagune peu profonde (3 mètres), des joncs appelés Totora poussent. Nous les voyons par la suite sécher au soleil pour réaliser des embarcations pour la fête traditionnelle qui aura lieu fin janvier.

Ce site exceptionnel nous a enchantés. C’est tellement particulier et étonnant de voir tous ces Moai debout, inclinés, couchés, certains inachevés. Ceux qui sont debout, ont été mis dans cette position pour pouvoir terminer la sculpture du dos après avoir enlevé le Moai de sa roche mère.





Beaucoup ont de la terre jusqu’à hauteur du cou. Des photos de fouilles archéologiques montrent que le reste du corps est enterré. L’explication que nous avons est que la terre et la roche évacuées en haut de la montagne seraient descendues par gravité et auraient enseveli ainsi les Moai.


En longeant la falaise, je m’aperçois que beaucoup de Moai ont commencé à être sculptés. Par endroit, je vois juste le nez et une ébauche d'une bouche sortir d’une roche.
 
Ailleurs, les Moai sont quasiment finis mais restent encore accrochés à la roche.

Voici une photo de photo aérienne où l’on se rend bien compte de ces géants de lave encore accrochés à la montagne mais curieusement bien avancés au niveau de la sculpture de la tête et du corps.
Mais pourquoi les tailleurs n’ont-ils pas enlevé un gros bloc de pierre de la montagne et ne l’ont-ils pas taillé en bas, au lieu de s’embêter à le sculpter sur place avec seulement la place de passer les outils entre la paroi et le Moai ? D’autant plus, que beaucoup se cassaient lors de la descente du volcan. Encore une énigme...
Il n’y a pas non plus d’explications précises sur la présence par centaines de Moai sur les flancs du volcan. Dans le cratère, ils sont orientés vers la lagune. Sur les pentes extérieures du volcan, ils regardent l’océan.

Les guerres tribales et épidémies sont-elles arrivées avant de pouvoir les emmener à leur destination finale ? Le manque de bois dû à la déforestation massive a-t-il empêché de pouvoir faire rouler les Moai sur plusieurs km ? Y a-t-il eu une révolte renversant le pouvoir royal des Miru ? Toujours est-il que ces ancêtres protecteurs, investis d’une mission d’observation et de protection ont été délaissés.
A droite du volcan, nous voyons un Moai étonnant de par sa position, appelé Tukuturi. Il est agenouillé. Un sculpteur avec qui nous avons discuté pense que de par sa similarité avec des statues présentes dans d’autres îles d’Océanie, il fait partie des plus anciens, souvenirs des premiers habitants de l’île.

Le Moai le plus grand de l’île appelé le Géant pèserait 160 à 200 tonnes et mesure 21,60 mètres. Il est encore en place et est resté inachevé. Comment auraient-ils fait pour le descendre du haut du volcan ?


L’autre carrière intéressante que nous avons visitée est celle du volcan Puna Pau où était prélevée la Scorie, pierre rouge très dure.
Elle était utilisée pour la coiffure ou le chignon des Moai, appelée Pukao. Mais également pour le soubassement des Ahu.


Une vingtaine de pukao trainent encore sur les bords du sentier qui mène au sommet de la colline verdoyante.
Du haut de celle-ci, nous avons une superbe vue sur la côte est de la ville, le village d’Hanga Roa, et les maisons et cultures disséminées sur les pentes des autres volcans.
Les pukao, grossièrement taillés sur place perdaient 1/3 de leur volume durant leur transport (jusqu’à 12 km pour les Ahu les plus éloignés). Ils étaient retaillés sur le site final près des Moai en haut desquels on les fixait. Mais comment faisaient-ils pour monter ces pukao de 10 à 12 tonnes en haut des Moai qui faisaient déjà en moyenne 4 mètres mais jusqu’à 10 mètres ? Voici une des hypothèses avancées.
Quelques pétroglyphes ornent la pierre rouge : dessins de canoës et signes tribaux.
Les outils utilisés n’étaient pas en métal (non connu en Polynésie) mais furent des herminettes (haches de pierre) en basalte et en obsidienne, des ciseaux (utilisés également pour la taille du bois) qui étant en verre volcanique présentaient l’avantage de pouvoir être aiguisés, des coups de poings, des percuteurs, des poinçons et enfin des haches.

Je vous propose à présent de faire un tour des différents Ahu de l’île et autres lieux incontournables qui nous ont enchantés.
L’Ahu Tahai est un des sites archéologiques bien conservé et situé à 100 mètres de la maison. Il comporte 3 séries de plate-forme, dont l’une comporte un bel ensemble de 5 statues plus ou moins tronquées.




A côté se dressent deux Moai solitaires, dont l’un le Moai Ko Te Riku qui a retrouvé son pukao (chignon rouge) et ses yeux qui ont d’ailleurs été refaits en 1999 par le papa de Maria, notre propriétaire, en collaboration avec un archéologue. C’est le seul Moai sur l’île dans ce cas.


Le site avait un accès direct à la mer par une rampe d’accès pour les pirogues.

Voici le même site à 21 heures lorsque le soleil part se coucher derrière les Moai. 





Une superbe lune en position quasi horizontale due à notre présence dans l’hémisphère sud rend ce moment encore plus inoubliable.
Le site est d’autant plus fascinant que ses énormes vagues du Pacifique viennent s’éclater contre les fondations des Ahu.

Nous avons, durant notre séjour pascuan, longé la côte sud de l’île, désolée, sèche. Des chevaux sauvages se promènent autour de nous. Et comme résume bien notre guide : « Impressions fortes, panorama comme au premier jour, lumière pure. La magie opère ».



L’Ahu Hanga Te’e est installé dans la baie Vaihu dans laquelle le navigateur anglais, James Cook, débarqua en 1774.
Il nota d’ailleurs qu’à l’époque, les Moai étaient encore debout, ainsi que le cercle de pierres sacrées. Aujourd’hui, les 8 Moai sont face contre terre. Leurs chapeaux ont roulé à côté et nous voyons dessus des pétroglyphes gravés.




Ces espaces circulaires délimités par des pierres, appelés Paina, étaient le lieu où se réalisait des cérémonies en souvenir des défunts illustres.
Nous marchons sur la lave à la recherche de petits poissons, coraux et oursins (nous pensons à papi Jean-Claude qui allait pêcher ces drôles d’animaux qui impressionnent les enfants).




Un peu plus loin, l’Ahu Akakanga et l’Ahu Ura Uranga Te Mahina sont tous deux voisins de quelques dizaines de mètres.



Là encore, la côte est superbe et la lave noire dans cette eau bleue foncée est indescriptible.
Autour de ces Moai, nous voyons les ruines des sites d’habitations appelées « cases-bateaux ». Ces Hare Paenga avaient une forme ovoïde, longue d’une dizaine de mètres (mais pouvant aller pour les plus grandes jusqu’à 50 mètres et ainsi accueillir 200 personnes) et large à peine d’un seul mètre. Les pierres de fondation sont percées afin de recevoir l’armature en bois de la case. 




Voici, vue sur un autre site, une vilaine reproduction en plastique mais cela donne un aperçu de ce à quoi cela pouvait ressembler.
Sur l’Ahu Tai, nous avons également vu ces bases de maisons.
Quant à nous, pour nous protéger de la torride chaleur de ce midi, nous nous réfugions à l’ombre dans une petite grotte tels les habitants avant le 4ème siècle.

Nous continuons cette côte sud au volant de notre 4x4 loué en direction du volcan Rano Raraku (carrière des Moai) dont je vous ai parlé précédemment. Du haut de celui-ci, une première vue s’offre à nous sur l’Ahu Tongariki.
Il s’agit du plus important site de Moai de l’île.

15 statues géantes de différentes tailles trônent sur un Ahu long de 200 mètres et haut de 3 mètres en son centre.

Ces Moai ont été renversés comme les autres durant les guerres tribales et un tsunami en 1960, provoqué par un séisme à 4000 km d’ici au Chili, les a déplacés de 100 mètres vers l’intérieur de l’île. Le site a été restauré il y a seulement une vingtaine d’années par une entreprise de grutage japonaise dont le slogan était « Avec nos grues, nous sommes même capables de redresser l’Histoire ». Mais ce qu’ils ne disent pas, c’est qu’ils ont dû faire venir une deuxième grue, la première ne suffisant pas à relever les tonnes de Moai…
Face aux 15 Moai, sur le site de Tata Ku Poki, nous voyons plusieurs pétroglyphes sur des dalles de pierre : visages, poissons, homme-oiseau dont je vous parlerai encore plus tard...


Sur ce même site, nous voyons également des vestiges d’anciennes maisons.
Tous les Moai regardent vers l’intérieur de l’île, tournant le dos à la mer, preuve que les Moai furent installés de manière à être une présence dans la vie quotidienne. L’Ahu Akivi est la seule exception de l’île où les Moai regardent la mer.



A la différence des autres construits en bord de mer, cet Ahu est construit quasiment au centre de l’île. Une des hypothèses décrit ce site comme un site commémoratif plus que dédié aux ancêtres. Sept superbes Moai sont alignés, redressés et sont considérés comme les explorateurs venus reconnaître l’île.
Un peu plus loin, nous visitons la grotte de Te Pahu, consistant en un tunnel de lave de plusieurs centaines de mètres de long.



C’est l’une des plus vastes de l’île. Ce tunnel a été formé pendant une éruption. Lorsque le magma déjà refroidi se fige en surface, il continue à s’écouler de manière souterraine par ce large boyau. En plusieurs endroits, la voûte s’est effondrée créant ainsi des puits de lumière et des points d’accès à ces tunnels. Cette grotte fut habitée avant de devenir cimetière.
Sur le même principe, sur la côte est de l’île, à la lumière de nos frontales, nous avons visité la grotte aux deux fenêtres Ana Kakenga.



Au bout de 30 mètres de boyau beaucoup plus petit que celui de Ta Pahu, deux ouvertures rondes directement à flanc de falaise, offrent une incroyable vue sur le Pacifique.



L’écume blanche des énormes vagues qui viennent s’éclater sur la roche noire est tout simplement superbe.

La balade retour sur la côte est de l’île est incroyablement belle. Observez la limpidité de l’eau malgré les remous.



Revenons à nos Moai, avec la visite de l’Ahu Vinapu. Les Moai sont là également renversés face contre terre depuis les guerres tribales du 17ème siècle, comme d’ailleurs tous les Moai de l’île.


La particularité de ce site réside dans l’assemblage de pierres de son soubassement. Un vrai travail d’Inca ! Sauf que ce n’est pas le cas. Il n’y a aucune explication sur ces blocs de plusieurs tonnes si bien ajustés sur deux rangées. James Cook écrivait : « On n’y emploie aucune sorte de ciment et pourtant les joints sont extrêmement serrés et les pierres sont mortaisées et enserrées les unes dans les autres avec beaucoup de savoir faire ».






Ce site a amené certains chercheurs à avancer l’hypothèse que les premiers habitants de l’île venaient du Pérou et non des îles de l’Océanie. Même si aujourd’hui, cette hypothèse ne tient plus, nous avons vu arriver deux radeaux sur les côtes de l’île, ayant fait la traversée depuis le Pérou, dans un but scientifique.
Je vous emmène à présent faire un petit tour sur le site d’Anakena, au nord de l’île. On y trouve l’Ahu Nau Nau.


Sur les 7 statues, 5 sont intactes et possèdent encore leur pukao. Les Moai sont bien conservés car une fois mis à terre, ils sont restés enfouis dans le sable de la plage voisine.




C’est d’ailleurs ici qu’on a découvert que les Moai avaient des yeux car il en a été retrouvé un dans le sable. Il est aujourd’hui exposé au musée.
La partie blanche de l’œil est faite de corail blanc tandis que l’iris est un disque taillé en scorie rouge. Les Moai de l’île n’ont pas leurs yeux mais la découverte de cet œil en 1978 confirme l’hypothèse que les Moai avaient des yeux. Les scientifiques supposent que la mise en place des yeux dans le visage était un des moments les plus sacrés du culte, une fois le Moai dressé sur l’Ahu. C’est la raison pour laquelle seuls les Moai arrivés jusqu’à leur destination finale avaient les cavités creusées.
Pour leur donner encore plus de vie, les Moai étaient peints une fois installés sur l’Ahu.
Sur les Moai de l’Ahu Nau Nau relevés en 1978, on distingue bien leurs longues oreilles et dans leur dos, des symboles évoquant les éléments naturels.

Sur la construction de l’Ahu, on relève la présence d’une tête d’un Moai car certains monuments étaient abandonnés et leurs pierres réutilisées pour d’autres sanctuaires.
 
A quelques mètres, l’Ahu Ature Huki est l’un des premiers Moai à avoir été redressé en 1956 par la technique des petits cailloux, qui fut aussi probablement celle utilisée à l’époque. On levait le Moai grâce à des cordes et au fur et à mesure qu’il se soulevait, on glissait des petits cailloux dessous lui.
Encore un peu plus loin, il y a un Ahu sans Moai mais de forme triangulaire, forme que nous n’avions pas encore rencontrée sur l’île.
Bon un peu de détente : au pied de ces deux derniers Ahu, nous trouvons la plus belle plage de l’île.




Le corail présent en mer a donné ce sable de couleur blanc. Il est extrêmement fin. La plage est entourée de cocotiers provenant de Tahiti. La plage, entourée de dunes est en forme de croissant et descend en pente douce. Le sable est tout aussi doux et aucun caillou ni coquillage ne vient nous blesser les pieds. L’eau est chaude et incroyablement limpide malgré les remous créés par les vagues. Nous avons vécu un pur moment de bonheur à nous baigner dans cet endroit paradisiaque sous l’œil protecteur des Moai.
 
Pour la partie historique, c’est sur cette plage qu’aurait débarqué le roi Hotu Matu’a, fondateur du peuple Rapa Nui.
Une autre particularité passionnante de l’île de Pâques se situe à la pointe sud autour du cratère du volcan Ranu Kau.
La balade commence à partir du village en empruntant le sentier Te Ara o Te Ao. C’est le même chemin qui était emprunté il y a 150 ans pour monter au lieu cérémoniel du village d’Orongo.
Les flancs du volcan traversent un paysage de buissons puis de forêts d’eucalyptus, plantées par l’homme pour sa croissance rapide sur l’île. La terre est rouge et poussiéreuse.
Nous nous retournons pour avoir une jolie vue sur le seul village de l’île, Hanga Roa.



Puis nous arrivons au bord du cratère du volcan Ranu Kau. Ce dernier est le résultat de la deuxième éruption il y a 500 000 ans. Haut de 300 mètres, il a un cratère d’1,6 km de diamètre au fond duquel se situe un lac d’eau douce. C’est un des rares points d’eau douce de l’île. Jusqu’en 1973, les habitants du village venaient tous y chercher de l’eau et laver leur linge.


Le micro-climat présent dans ce cratère crée des conditions favorables de lumière et d’humidité, protégeant les plantes du vent et de la salinité de la mer. Il est également à l’abri de l’action humaine et des incendies. Cela crée un véritable patchwork de petits îlots couverts de totoras (des joncs).
Nous avons une vue sur toute l’île et sur les deux autres volcans marquant les deux autres pointes de l’île ainsi qu’une vue à 180° sur le Pacifique. On se sent petit, très petit.
Nous continuons quelques centaines de mètres sur une petite avancée de terre coincée entre la caldera du volcan et le Pacifique, 300 mètres plus bas.

La vue est tout simplement incroyable, mais vraiment incroyable. La ligne d’horizon se perd à des dizaines de kilomètres. Absolument rien, mais vraiment absolument rien autour de nous à des milliers de kilomètres. Pas un bruit. Nous nous sentons seuls sur ce petit caillou.
On se sent d’autant plus seul que la seule compagnie aérienne, la LAN, qui dessert l’île au départ de Santiago ou de Tahiti est en grève et le dernier avion à s’être posé est le nôtre il y a 4 jours. Donc, pas de touristes... La durée moyenne des séjours étant de 3 à 4 jours, tous les touristes ont déjà fait le tour de l’île et sont au village attendant un hypothétique avion qui n’arrive pas. Ce qui fait que les sites sont vides pour notre plus grand plaisir pour nous qui avons la chance de passer 9 jours en prenant tout notre temps. Pas d’avion qui atterrit = pas d’avion qui repart... On va peut-être faire Noël à Pâques... Bon, il y a pire... à condition qu’on ait à manger car pas d’avion qui atterrit = pas d’approvisionnement des étals des magasins... Ce n’est pas grave, on vivra d’amour et d’eau fraîche pour notre voyage de noces !
Nous sommes donc sur un lieu particulier où se pratiquait le Tangata Manu, le culte de l’homme-oiseau.
Les cérémonies les plus importantes de ce culte du dieu Make Make avaient lieu ici, au village cérémoniel d’Orongo et sur l’îlot Motu Nui.

Le culte de l’homme-oiseau est un cycle annuel d’activités rituelles qui culminent avec l’élection du leader (le Tangata-Manu) de toute l’île pour une année. Ce cycle annuel avait lieu à chaque printemps et pouvait durer quelques semaines. Le but de tout le processus était d’obtenir, pour le compétiteur, le premier œuf du Manutara (sorte de mouette migratrice) pondu sur l’îlot.
Pour cela, les chefs de différentes tribus de l’île entraient en compétition avec leurs représentants. Ils devaient défier les courants et les requins et atteindre l’îlot Motu Nui distant de 1,4 km, où ils espéraient la venue du Manutuara. C’est un comble de chercher des œufs sur l’île de Pâques !

Le premier œuf trouvé et ramené intact déterminait qui allait être investi Tangata-Manu ou homme-oiseau. Il  se rasait la tête, les cils et les sourcils ou offrait l’œuf à la personne qu’il représentait… qui se rasait donc la tête, les cils et les sourcils.
Puis après avoir fêté son triomphe, il vivait en reclus jusqu’au prochain cycle et avait pour seule compagnie un prêtre qui le nourrissait et le lavait. Personne d’autre ne pouvait l’approcher, ni le regarder. Il était considéré comme sacré. Cet épisode était suivi d’un épisode de violence dû à la résistance des autres tribus à se soumettre à l’autorité du nouveau leader.
Ce nouvel ordre est apparu  au cours de la période de taille des Moai, suite aux guerres internes qui se sont succédées. Toute la société s’organisait autour de ce culte qui a mis ainsi fin au déclin de pouvoir unique de l’Ariki Mau. Le culte de Tangata Manu, a d’abord été pratiqué, au 16ème siècle, parallèlement aux croyances développées autour des Moai mais a acquis de l’importance au moment des durs changements subis par la société Rapa Nui dès le 17ème siècle. Le culte de l’homme-oiseau a alors remplacé le mégalithisme. La dernière compétition du Tangata Manu eut lieu en 1867.
C’est dans ce village d’Orongo, en haut de cette falaise, face aux îlots, que se sont développées des habitations uniques (utilisées uniquement pour la durée du rite). Chacun des compétiteurs et les siens prenaient place dans une maison. Ces maisons avaient la forme d’une coque de bateau renversée.




Elles étaient orientées vers les îlots. Dans l’une de ces maisons restaurées, une partie du toit n’a pas été refaite pour montrer le principe de construction, à savoir deux larges murs entre lesquels de la terre était mise. La toiture était faite de larges pierres puis recouverte de terre.



Devant ces maisons, sur des terrasses, les groupes des différentes tribus se réunissaient durant quelques semaines et avaient pour rites des chants et des danses.
Une de ses maisons abritait le fameux Moai Hoa Hakananai’a que nous avons vu il y a quelques années au British Museum de Londres. Enlevé en 1868 par Londres, il est aujourd’hui réclamé par les défenseurs du patrimoine Rapa Nui, d’autant plus qu’il s’agissait du seul et unique Moai d’Orongo.

Taillé dans du basalte, il a d’ailleurs dans son dos des sculptures propres au culte de l’homme-oiseau. C’est d’ailleurs ce motif qui est représenté sur tous les objets souvenirs. Ce Moai représenterait la transition entre les croyances relatives aux Moai et celles de l’homme-oiseau.
La culture sur Rapa Nui s’exprimait ainsi beaucoup au travers l’art rupestre et donc notamment par ces pétroglyphes ou gravures sur pierre. Orongo est donc le principal lieu d’art rupestre de l’île. 484 pétroglyphes représentant le Tangata Manu sont recensés et se trouvent dans ce secteur de Mata Ngarahu.
Ils frappaient, polissaient, grattaient la pierre et creusaient la superficie de la roche pour que le dessin paraisse en profondeur. Ils représentaient des formes allant des dessins géométriques aux figures humaines et animales. Les gravures les plus représentées sont la vulve féminine (signe de fertilité), l’homme-oiseau et des visages de Make-Make, le Dieu créateur suprême et divinité principale de l’île de Pâques qui n’existe nulle part ailleurs en Polynésie.
Ainsi, comme le Moai représentait le culte des ancêtres, la figure du Tangata Manu constitue l’icône emblématique du culte d’Orongo. Nous voyons beaucoup de formes humaines avec une tête d’oiseau.

Parfois, deux Tangata Manu sont face à face.
Nous avons été particulièrement séduits par ce site, si mystérieux, au même titre que le culte des Moai. Nous ne nous attendions pas à trouver sur l’île de Pâques une telle histoire, si passionnante, si envoûtante.
En bas du volcan, nous arrivons sur le site d’Ana Kai Tangata. Il s’agit d’une grotte de lave géante ouverte sur une petite baie.


Bien que les peintures soient beaucoup plus rares que les gravures sur l’île, nous y voyons des pictographies d’oiseaux tracés avec des pigments blanc et ocre.


Les vestiges de ces peintures rupestres sont en très mauvais état et devraient avoir entièrement disparus d’ici très peu de temps car les parois de la grotte s’effritent et les dessins s’effacent.
Une autre forme d’art consistait à se décorer le corps humain. Le peuple Rapa Nui utilisait des pigments minéraux, souvent rouge appelé Kie’a mais aussi blanc, noir et jaune, qu’ils mélangeaient à du sang ou du suc de canne à sucre pour que le pigment adhère au corps.

Les hommes utilisaient des coiffes de plumes, et les femmes des coiffes de jonc tressé. Des paquets d’herbe et de l’écorce de mûrier servaient de cache-sexe. Ils utilisaient également des boucles d’oreilles et des pendentifs en os de mammifères marins ou en coquillages, des aiguilles en os humains ou de mammifères marins (pour le tatouage ou la confection de vêtements).
Les Rapa Nui se perforaient le lobe de l’oreille et se l’étirait. Il y avait encore des personnes aux longues oreilles au début du 20ème siècle.
Allons maintenant nous promener. Le volcan Terevaka est le plus jeune des 3 volcans principaux de l’île, avec ses seulement 200 000 ans. Haut de 511 mètres, c’est le point culminant de l’île. Nous y partons en rando au départ de Vaitea et faisons 10 km en traversant des forêts d’eucalyptus.

Durant cette balade de 3 heures, nous n’avons croisé... personne. Rien que des chevaux sauvages par dizaines qui paissent l’herbe rase des pentes des petits volcans.


La terre, érodée par les ruissellements d’eau de pluie, a des couleurs superbes.
Au fur et à mesure que nous prenons de la hauteur, la vue devient de plus en plus... whaouuuuu...

S’il n’y avait pas l’océan, on se croirait presque au milieu des parcs nationaux des volcans d’Auvergne.


En haut du volcan, au point culminant, un peu plus haut que le cratère principal, nous avons une vue à 360° sur l’île de Pâques...  Partout autour de nous, l’océan Pacifique. INCROYABLE... On se sent encore plus tout petit... (et toujours pas un avion à l’horizon). Malgré le mode panoramique de mon appareil photo, 3 photos sont nécessaires pour vous faire partager ce que nous avons sous les yeux.


De plus les paysages sont très sauvages de ce côté de l’île. Pas de routes, de chemins, de maisons, de fermes... mais juste les chevaux et quelques vaches qui font des petits points dans ces immensités de vert.
Au loin, le volcan Poike. C’est le 3ème volcan principal de l’île. Il est le résultat de la première éruption ayant donné naissance à l’île il y a 3 millions d’années et a une altitude de 370 m.
Petit pique-nique bien mérité, bien agréable mais très venteux avant de redescendre vers le village.
Les derniers km de route se feront comme souvent, en stop, dans la benne d’un 4x4 !
La côte nord de l’île est aussi très intéressante par ses sites archéologiques.
Sur le site de Papa Vaka, se trouve des champs de pétroglyphes gravés sur des rochers plats au sol. On y voit un thon, un requin, des hameçons et des canoës. L’une des plus grandes gravures de l’île est sur ce site, une pirogue de 12 mètres de long. On y voit aussi un superbe poulpe.


Partout sur l’île, des constructions de pierres marquent soit des limites de propriété, soit des endroits d’où on observait l’arrivée des tortues.
Petite parenthèse, mais nous, nous n’avons pas eu à monter dessus pour les apercevoir mais juste à aller sur le petit port d’Hanga Roa et voir des spécimens de plus d’1 mètre de long.

De ce port, partent d’ailleurs des pirogues sur lesquelles je serai bien monté...
Revenons à nos tas de pierre qui auraient selon certaines hypothèses servi d’observatoire astronomique.
Le Moai érigé le plus grand, appelé Paro, se situe à l’Ahu Te Pito Kura et mesure 9,80 mètres sans son pukao (chapeau) pour un poids estimé à 74 tonnes. On sait aujourd’hui qu’il a un jour été mis debout car ses orbites oculaires ont été creusées et on sait que cette opération finale se faisait une fois le Moai redressé. Celui-ci aurait été commandé par une femme veuve en hommage à son défunt mari.
Sur le même site, on trouve des boules de pierre polie. Chaque île de Polynésie représente ainsi son nombril du monde.
Non loin, nous faisons étape dans la mignonne baie La Pérouse et son petit port abritant quelques barques de pêcheurs à l’abri des énormes vagues du Pacifique. Elle tient ce nom du navigateur français qui en 1786 débarqua sur l’île. Durant leur exploration, les explorateurs semèrent des choux, carottes, betteraves, maïs et offrirent aux habitants brebis et cochons.
Les baraques en tôles sont encore habitées par des pêcheurs.

Un peu plus loin, nous terminons cette côte nord par une pause pique-nique sur la plage Anekana et un petit passage sur la mignonne plage de Ovahe. Le sable de couleur rose, est de la même couleur que la roche de la falaise abritant cette mignonne crique. Pas de baignade aujourd’hui, car les vents ont tourné et les rouleaux sont énormes.
Tiens, un avion de la LAN passe au dessus de nos têtes. Le premier qui atterrit depuis celui avec lequel nous sommes arrivés il y a 5 jours. La grève serait-elle terminée ?
Bon, et quelles étaient les ressources des Rapa Nui ?
La mer était évidemment une source importante de nourriture. La pêche était pratiquée entre les rochers, dans les criques et sur la plage par les femmes. Cette activité était appelée Hahaki. En pleine mer, la pêche était pratiquée par des spécialistes sachant gouverner une embarcation. Sur des pétroglyphes retrouvés, des lignes ondulées représentent les pirogues, filets et lignes.
Des archéologues ont retrouvé harpons en os et hameçons en bois, en os et même en pierre et des petits poids en pierre qui servaient à lester les filets de pêche.
L’agriculture, quant à elle remonte à 10 000 ans en Océanie. Chaque nouveau groupe de colonisateurs, comme se fut le cas à l’île de Pâques, emmenait avec soi des espèces végétales nécessaires à leur survie. Mais l’environnement particulier de Rapa Nui a forcé ses habitants  à développer des systèmes spéciaux de cultures. Le plus connu est celui du Manavai qui avait pour fonction de conserver l’humidité et de conserver les plantes parfois en profondeur.

D’autres plantations étaient faites vers les ravins pour profiter des ruissellements. Les cratères de deux volcans récupéraient les eaux de pluies. Il n’y a pas de rivières sur l’île. L’eau de pluie est également en réserve dans des nappes phréatiques, et sert encore aujourd’hui pour la consommation des pascuans. Aujourd’hui, nous voyons quelques cultures dans les champs mais sur des petites surfaces s’apparentant ainsi à des cultures privatives et individuelles. Les habitants sont nombreux à avoir autour de chez eux, quelques poules, vaches ou cochons. Tout le reste est importé du continent.

Enfin, voici quelques autres pièces intéressantes relevant du culte du Moai, que nous avons vues dans le musée Sebastián Englert :
Nous y avons ainsi vu des Moai sculptés dans du bois de Toromiro. Les yeux sont réalisés avec des vertèbres de poissons. Ces statues étaient présentées lors de cérémonies religieuses et communautaires.
Mais énormément de magnifiques objets sont taillés dans du toromiro, cette essence locale aujourd’hui disparue étant très dure et de couleur foncée.
Une tête de Moai est présentée avec son grand nez, son menton proéminant, ses oreilles longues. Taillée dans du basalte, c’est le plus grand moai dans ce type de matériau.
Il y a également un Moai féminin. Il n'y en aurait qu’une dizaine maximum de retrouvés.
Enfin, une autre sculpture intéressante est celle de ce fessier de Moai, représentation rare dans l’histoire de Rapa Nui.
Depuis le moment où ils ont été créés, les monuments, les Moai, les peintures et gravures de Rapa Nui ont commencé à subir les effets de la nature (érosion, pousse de lichens, incendies, tsunamis...). Par le développement touristique, l’homme menace aussi les vestiges archéologiques et l’art rupestre. C’est pour une de ces raisons que l’ensemble de l’île a été classé au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco.
Avant de conclure, voici quelques photos des maisons traditionnelles du village d’Hanga Roa.





Quelques unes d’architecture moderne reprennent la forme des cases-bateaux de l’époque.
Parmi les bons moments partagés avec des Rapa Nui sur l’île, il y a eu l’anniversaire de Papaka, un neveu de Maria et Gilles nos proprios, auquel nous avons été gentiment conviés. Cet événement se déroulait en même temps que la fête de fin d’année scolaire offerte par la mairie.


Il y aussi ce dimanche matin, où nous sommes allés à la messe. Ce n’est pas trop dans nos habitudes mais pourtant, nous vivons un grand moment. Que d’émotion à voir cette ferveur dans cette petite église de Hanga Roa. Elle est comble et les retardataires ont du mal à trouver une place sur les bancs qui accueillent déjà plus de 200 personnes. 4 à 5 personnes, accompagnent le curé pour faire la messe. 3 musiciens et une chanteuse accompagnent les chants des habitants venus à la messe. Victor se voit offrir bonbon et sucette par des Rapa Nui.
Il y a eu, ce moment partagé tous les 4, installés dès 6h30 pour admirer les premières lueurs de l’aube et le lever du soleil derrière l’un des plus beaux sites, l’Ahu Tongariki et ses 15 Moai. Nous y avons apprécié notre petit déjeuner.
 


Il y eu cette soirée passée avec Marie et Manu, voyageurs en camping-car en Amérique du sud, venus passer quelques jours ici. Nous les avions déjà rencontrés à Anvers et Montevideo. Anaïs et Victor se sont fait une joie de passer la soirée avec leurs enfants, Auria et Youenn.
Et puis, il y a aussi eu cet après-midi où Gilles nous a emmenés voir Enmundo Pontt, un véritable artiste Rapa Nui taillant à petits coups de ciseaux à bois de superbes sculptures. Mais son meilleur outil est comme il le dit la patience. Nous nous faisons plaisir en lui achetant des statuettes.



Cet homme, semble tout connaître de cette mystérieuse culture et le faire parler et écouter ses théories restera un bon souvenir de ce séjour pascuan.
Il y a eu cette dernière soirée où Maria et Gilles sont arrivés dans notre maison avec le repas du soir et où nous avons partagé une délicieuse salade avec du thon cru pêché autour de l’île, puis une assiette de fruits locaux. Quel délice... Puis il y a eu ces heures où Gilles nous a présenté de nombreuses photos d’œuvres Rapa-Nui que Maria et lui ont vu dans de nombreux musées  de part le monde. Œuvres d’une diversité et d’une richesse incroyable, qu’il prend le temps de nous expliquer, nous donnant envie de filer au musée Pierre Loti à Rochefort, au Museum d'histoire naturelle de La Rochelle ou bien à un autre musée de Cahors dès que nous rentrerons.
Il y a eu ce dernier matin, où ils nous ont invités à prendre le petit déj’ sur le marché local.

Encore un bon moment vécu au milieu des Rapa Nui. Ici, pas de touristes mais des gens de l’île. Une dame âgée se met à chanter un air en langue Rapa Nui. Petit tour par la suite au marché.


Nous avons eu la chance de pouvoir rencontrer Maria et Gilles, qui ont manifesté à notre égard, beaucoup de sympathie et de gentillesse. Ils nous ont promenés sur leur île, nous ont fait découvrir des gens passionnants, nous ont indiqué des endroits où ne serions pas allés tous seuls, nous ont montré photos et documentaires intéressants de cette terre de légende qui nous a fascinés. Ils ont pris des heures à nous parler avec passion de cette île, de cette culture.
Encore une démonstration que le hasard vaut mieux qu’un rendez-vous ! La séparation à l’aéroport était pleine d’émotion et nous les attendons à la maison lorsqu’ils viendront en France (la maman de Gilles habite à 60 km de la maison, le monde est bien petit...). Au moment de nous séparer, Maria offre à chacun de nous des colliers confectionnés par ses soins avec des coquillages et des graines, de Tahiti et de l’île de Pâques.
Bravo à ceux qui sont arrivés au bout de cet article que j’ai passé quelques heures à faire et que vous avez dû mettre un moment à lire, mais comme Audrey, je me suis pris au jeu de tenter d’en apprendre un maximum sur cette île mythique (je n’ai même d’ailleurs jamais autant lu de ma vie !), et j’avais envie de vous transmettre quelques bribes de cette passionnante histoire encore pleine de mystères de l’île de Pâques...
Avant de vous laisser, je vous propose ces dernières photos de notre dernière soirée où nous sommes allés voir un inoubliable coucher de soleil sur l’Ahu Tahai.

Bon voici l’envers du décor...
Tout au long de notre séjour, nos enfants se sont régalés. Ils étaient rayonnants !






Nous sommes le 24 décembre et nous montons dans l’avion. Victor de nouveau arrive à prendre place sur le siège du commandant de bord.
En cours de vol, nous assistons à un joli coucher de soleil à 11 000 mètres d’altitude.
Les lumières de Valparaiso puis de Santiago ravissent Anaïs et Victor. Arrivés à Santiago, Anaïs prend à son tour la place du pilote
23h00. Nous retrouvons notre camping-car. Le père Noël est attendu avec impatience. A la demande de Victor, nous laissons la fenêtre de toit de la salle de bain ouverte pour que le père Noël puisse se faufiler…

Je vous laisse, comme d'habitude en compagnie de Dany le nain !

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