dimanche 22 mai 2016

Pérou du 13 au 19 mai : Salineras de Maras, Moray, Chinchero, Andahuaylillas, Huaro, Canincunca, Raqchi, lac Titicaca



542 Km parcourus du 13 au 20 mai
29 691 Km parcourus depuis le départ



Vendredi 13 mai :

Nous sommes à Aguas Calientes, ville étape d’où nous avons visité le site de Machu Picchu hier. Retour dès 8h30 en train vers Ollantaytambo en 1h40. Nous retrouvons notre camping-car qui a bien supporté notre absence.
Des voyageurs suisses avec une magnifique caravane attelée à un 4x4 sont stationnés à côté de nous.
De l’agitation autour du parking près d’une petite église nous invite à monter voir ce qui se passe. C’est la célébration du Saint Isidoro, qui d’après ce qu’on a compris, serait le patron des animaux. C’est pour cette raison que de nombreux paysans sont venus avec leur vache et leur bœuf parfois attelé d’une charrue leur servant encore aujourd’hui à travailler la terre. Les bovins sont décorés de maïs, de pain, de bananes sur leur tête. L’assemblée entame ensuite un défilé dans le village en suivant une fanfare.


Les habitants portent des vêtements de fêtes très colorés.



Nous quittons Ollantaytambo très difficilement car devant nous il y a... le cortège qui avance à l’allure des vaches... Il nous faudra bien 45 minutes pour faire 2 km ! Un bouchon en sens inverse s’est crée et il y a par moment 5 cm de chaque côté du camping-car !
Nous roulons dans la Vallée Sacrée vers les salines de Maras.



Dans le creux d’une vallée, et au bout d’une bonne piste de 5 km, nous arrivons en haut d’un incroyable point de vue sur ce merveilleux site. Environ 3 000 puits disposés sur des terrasses permettent l’exploitation du sel. Celle-ci remonte à l’époque pré Incaïque et continue encore aujourd’hui comme dans les temps ancestraux.


Un mince filet d’eau sort de la montagne et alimente ces bassins. L’eau est salée et tiède. Les salines prennent de superbes couleurs. Les tonalités blanchâtres du sel contrastent avec le marron de la colline.





Repas sur la place d'un village où nous discutons avec des femmes qui proposent de la chicha.


Nous partons en direction d’un autre site archéologique Inca, celui de Moray.
Les Incas y construisirent des terrasses de près de 2 mètres de hauteur en utilisant des cavités naturelles pour créer des dénivelés pouvant atteindre plusieurs dizaines de mètres de profondeur.


Cette condition naturelle, combinée aux conditions d’ensoleillement et d’humidité, a permis aux scientifiques d’enregistrer des différences de température de plus de 15° entre les microclimats des plateformes supérieures et inférieures. Moray aurait été un centre expérimental, une sorte de serre naturelle où différentes conditions écologiques, similaires à celles d’autres parties de l’Empire, auraient été reproduites dans ce lieu pour expérimenter des cultures et améliorer la productivité.



Fin de la visite, fin de la journée, nous quittons le site et raccompagnons les deux gardiens du parc qui font du stop à la sortie. Ils sont bien contents de ne pas avoir à faire plusieurs kilomètres de piste à pied ! Ils offrent aux enfants trois pièces de un Nuevo Sol, de collection, sur lesquels on retrouve des sites du Pérou.
Nous partons bivouaquer à Chinchero sur la place du village. En chemin, nous profitons du joli coucher de soleil sur les montagnes aux sommets recouverts de glaciers.

 
Samedi 14 mai :

Ce matin, pas de réveil... ça fait du bien... Nous partons tranquillement nous promener dans le village de Chinchero.



Il s’agit d’un magnifique ensemble Inca situé à 3600 mètres d’altitude au cœur des montagnes andines, proche de la rive gauche de la Vallée Sacrée, sur la route reliant Cuzco à Urubamba. Le site était un des palais de l’Inca Tupac Yupanqui. Comme à Ollantaytambo, la population vit dans des maisons construites sur les fondations de l’ancienne ville Inca.
L’église du village a été construite en 1607 sur les ruines du palais dont subsiste le mur principal à douze niches. Le clocher n’est pas contigu à l’église mais est situé à quelques mètres.


L’intérieur est magnifique. Les murs intérieurs et les plafonds sont intégralement recouverts de peintures.
Autour du village, nous nous promenons sur un ensemble de terrasses agricoles où les murs sont étonnement et remarquablement assemblés de pierres très bien ajustées. Il aurait été cultivé ici d’importantes quantités de pommes de terre qui étaient ensuite déshydratées puis stockées pour les années où les rendements de récolte étaient moindres.








Puis nous faisons quelques achats de souvenirs et de cadeaux au marché artisanal. Les prix sont très raisonnables ici et on peut se faire plaisir pour quelques Nuevos Soles. Je me fais surtout plaisir à entrer dans l’inévitable processus de marchandage, un vrai jeu réciproque entre les vendeurs et moi (ou mes enfants qui se débrouillent de mieux en mieux !) et où nous parvenons à faire baisser les prix de 1/3. Les marchés du Pérou et d’Equateur, sont bien achalandés en textiles de laines d’alpagas pour les plus fins aux couleurs vives, très vives mais également en céramiques, porte-clés, calebasses gravées...

Un des artisans, taillant grossièrement un morceau de bois en forme selon lui de lama, attire l’œil de mon papa passionné par le travail du bois. Le vieux monsieur ne comprend pas très bien pourquoi mon papa, qui fait la collection de vieux outils, préfère lui acheter son vieil instrument de sculpture plutôt que ses œuvres ! Mon papa repart avec pour quelques nuevos soles...
Les femmes portent dans cette région du Pérou des habits très colorés. Nous pensions que ces tenues étaient portées plus à titre « folklorique » ou pour des fêtes et cérémonies, mais non. Leurs vêtements sont très brodés. Elles portent des jupes et des jupons épais. Les chapeaux sont soit très hauts ou bien brodés et plats comme des galettes.




Nous quittons Chinchero et terminons notre fabuleuse boucle de la Vallée Sacrée. Nous avons été enchantés par ce circuit. Mais nous n’en avons pas encore fini avec les ruines Incas !
A présent, nous nous dirigeons vers le lac Titicaca. Déjà 15 jours que mon papa et Alexandre, mon beau-frère, sont avec nous. Mais que le temps passe vite ! Ils repartent déjà jeudi prochain...
Nous traversons difficilement la ville de Cuzco, passage obligé pour se diriger vers le sud. La circulation est dense mais sans que cela ne crée de bouchon. En revanche, l’état des routes est pourri, très pourri, très très pourri. Sur la Via Express, il n’y a pas de bitume. C’est une piste en terre avec de gros nids de poules. Partout, il y a des travaux engagés mais pas terminés. Les quartiers que nous traversons sont très pauvres et les habitants vivent dans de difficiles conditions.
L’après-midi, nous visitons sur la route trois splendides églises. L’endoctrinement, à l’époque de la conquête espagnole exigeait un grand effort de la part de l’Eglise Catholique avec la présence de curés dans les campagnes qui impliquait la construction de chapelles.
L’église d’Andahuaylillas est l’une des plus importantes. Elle est appelée la Chapelle Sixtine d’Amérique du Sud. Construite sur des fondations Incas au début du 17ème siècle, elle est entièrement ornée de peintures murales. Tout y passe : murs, plafonds, niches, chairs, poutres, orgue, retable, autel...





Quelques kilomètres plus loin, l’église d’Huaro est tout aussi jolie et décorée bien qu’en un peu moins bon état que la première. Encore un bel exemple de l’art baroque andin.

Enfin, quatrième église de la journée... Nous visitons la petite chapelle de Canincunca avec sa mignonne façade à balcon et son joli clocher. Cette chapelle, comme les autre églises visitées, était à la charge de l’Ordre Jésuite, dont les missionnaires s’appliquaient à la conversion des indiens.

Bivouac le long de la route dans un petit hameau. Le soleil se couche à 17h30 et d'un coup la fraicheur arrive.



Dimanche 15 mai :

Nous roulons jusqu’au site archéologique Inca (encore un !) de Raqchi. Il s’agit de la construction Inca la plus haute conservée à ce jour. Le site a été construit par Pachacútec et était dédié au culte de la plus importante divinité des Incas, le Dieu Wiracocha.
Cette citadelle a été construite jusqu’en 1493. Sur le plan religieux, on rendait ici le culte à Wiracocha, considéré comme le Dieu Suprême car il était créateur du soleil, de la lune, des étoiles, des animaux, des plantes, des êtres humains et de la terre, rien que ça... Sur le plan administratif, cette citadelle était un centre d’approvisionnement et de réserves d’aliments.
Tout d’abord, le Temple appelé « Kallanka » est une construction grandiose pour son époque. Il mesure 92 mètres de long et 25 de large. Le mur central en adobe (briques de terre séchée), a été construit sur des pierres Incas, sur 12 mètres de hauteur et 1,65 mètre d’épaisseur à sa base. Les pierres Incas sont remarquablement assemblées au millimètre sur environ 3 mètres de hauteur.
 

Les espaces de vie étaient des constructions de la même hauteur que le Temple. Elles étaient orientées de façon à servir d’observatoire astronomique et c’est grâce à cela que les Incas prévoyaient le calendrier astronomique. Il y avait parmi ces édifices 10 habitations pour les « femmes choisies » de l’Inca. La rue centrale est orientée du côté du soleil levant le 21 décembre, jour qui indique la moitié de l’année pour les Incas. 


Au sud du Temple de Wiracocha, on trouve un ensemble de 156 constructions circulaires de 8 mètres de diamètre faites de pierres volcaniques rustiques et de mortier de boue. Ces Colcas sont des constructions antisismiques puisqu’elles sont unies les unes aux autres. Ces édifices avaient un toit de paille de forme conique. Ils servaient de greniers ou d’entrepôts pour l’état Inca qui y stockait maïs, pommes de terre déshydratées, poisson séché... avec pour objectif de secourir la population en cas de famine, de sécheresse ou d’expansion de l’Empire.

Ce site se trouve en effet sur le Chemin de l’Inca. Durant l’Empire Inca, se construisirent de très longs chemins en pierre. Sur ces chemins se déplaçaient des messagers qui se relayaient pour transmettre des messages d’un bout à l’autre de l’Empire s’étendant sur plus de 4000 kilomètres du nord au sud de la frontière de la Colombie au Chili.
Sur le même site, nous visitons les « Ushnu » qui étaient des constructions pyramidales utilisées par l’Inca pour présider les cérémonies et honorer les Dieux. Les Incas faisaient des offrandes de feuilles de coca, de chicha, de vin, de graisse d’alpaga, de maïs... Le rituel continue aujourd’hui dans chaque foyer au mois d’août et au mois de février.
Juste à côté, il y a les Bains de l’Inca et des fontaines sacrées.
Toute cette citadelle est entourée d’une épaisse et haute muraille sur 25 kilomètres de longueur. Elle fut construite pour sécuriser les lieux mais aussi pour protéger l’âme des semences.
Un système de terrasses permettait de tirer profit des versants des collines. Elles possédaient des canaux.
La chapelle de la place est toute mignonne et date du début du 18ème siècle.

Nous nous arrêtons quelques minutes dans l’atelier d’un peintre sur céramiques. Nous admirons son travail, extrêmement minutieux.


Autour du village, nous observons avec toujours autant de plaisir les habitants toujours très souriants. 





Nous reprenons la route en direction du lac Titicaca. La route grimpe lentement et nous atteignons l’altitude de 4350 mètres en plein cœur de la Puna. Ces paysages sont parmi ceux que nos préférons dans les Andes : lagunes où se nourrissent des flamants roses, hameaux isolés construits en adobe, habitants se réchauffant dans leur poncho de laine...




Nous déjeunons en haut du col près d’un marché artisanal où de nouveau nous achetons quelques souvenirs.
La route de l’après-midi se passe super bien. Nous roulons à 110 ou 120 km/h sur les hauts plateaux de l’Altiplano sans changer d’altitude qui reste aux alentours de 3800 à 3900 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Nous arrivons dans la triste ville de Juliaca. Les routes sont défoncées. En fait, ce ne sont pas des routes mais des pistes pleines de trous et très poussiéreuses. Nous devons entrer dans le centre ville pour retirer de l’argent, chose que nous mettrons une heure à faire tellement c’est pourri pour circuler et tellement nous avons du mal à trouver un DAB.
La nuit tombe, nous ne voulons pas rester dormir dans cette sinistre ville. Nous prenons la direction de la péninsule de Capachica et nous arrêtons bivouaquer sur la place du village de Huata. 

Lundi 16 mai :

Nous roulons vers le bout de la péninsule. Superbes paysages toujours à 3 800 mètres. Petits villages, hameaux, troupeaux de moutons gardés par des bergers, des bergères ou des enfants aux habits toujours très colorés.





Première vue sur le magnifique lac Titicaca. Il est d’un bleu intense, très intense. Nous nous arrêtons sur un petit port profiter de la vue.


Nous voyons les fameuses barques en totora qui sont les roseaux poussant sur les rives du lac.




Histoires ancestrales et légendes hantent les rives du lac. La mythologie Inca y situe l’origine de leur civilisation. Wiracocha, le Dieu créateur y aurait fait émerger la Lune, le Soleil et les étoiles. Manco Cápac, descendant du Dieu Soleil, et premier chef Inca serait sorti des eaux du lac avant de fonder la capitale de l’Empire, Cuzco. La légende andine raconte qu’une partie du trésor des Incas dormirait au fond du lac.  Le commandant Cousteau, dans les années 1970, est venu faire des plongées mais n’a trouvé que des poteries.
Titicaca est le plus haut lac navigable au monde. Il mesure 200 km de long pour environ 8 400 km² partagés entre la Bolivie (45%) et le Pérou (55%). Profond au maximum de 275 mètres, il n’est ici profond que de 15 à 18 mètres.




Puis nous poursuivons vers le bout de la péninsule et trouvons un bivouac super sympa en bord de lac juste à l’entrée du village de Llachón.
Je suis attiré par un monsieur venant d’acheter du poisson frais. Il m’indique où il l’a acheté. J’en reviens avec 2 kg de truites fraîches préparées en filets et quelques morceaux de bois afin de préparer un barbecue.


Il ne manque plus que les glaçons pour mettre dans le Ricard. Car pour rappel, le congél refroidit à environ 15° et le frigo ne fonctionne plus...

Nous passons un moment des plus agréables à manger en bord de ce lac gigantesque perché à 3 810 mètres d’altitude. Il fait un grand soleil et nous avons même chaud.
Nous en profitons également pour mettre notre canoë gonflable à l’eau. Ce n’est que la troisième fois du voyage mais nous ne regrettons pas de l’avoir emmené même s’il nous prend une place importante car à chaque fois, cela a été dans un endroit extraordinaire : en Terre de Feu, dans la lagune d’un volcan à 4 000 mètres d’altitude en Equateur et à présent sur le lac Titicaca... A tour de rôle, j’emmène mon papa et Victor (les 3 générations de Molla...), Alex et Anaïs et enfin ma petite femme.
Nous partons pagayer à travers les totoras puis allons découvrir les élevages de truites.





Nous remplissons notre mission de ramener à tonton Armel quelques brins de totoras. 

Une femme débarque sur la plage sur sa petite barque à moteur. Elle commence à décharger des bouteilles de gaz, une, deux, trois..., vingt-neuf bouteilles. Audrey et Alex partent à sa rencontre. Elle leur explique qu’elle vient de l’île de Taquile située à une heure de navigation. Elle y tient une tienda (épicerie) et vient se fournir ici sur le continent en recharges de gaz. Un camion arrive et lui échange les vides contre les pleines. La pauvre dame se retrouve avec plus de 700 kg à charger seule à bord de son bateau. Audrey et Alex relèvent leur pantalon et l’aident à charger les bouteilles à bord et à pousser son embarcation qui s’est retrouvée posée avec le poids sur le fond sablonneux.
 

Petite sieste sur la plage du lac.

Les enfants jouent sur le sable.
Nous partons dans le village essayer d’organiser une excursion sur les îles du lac pour demain. Par chance, nous frappons à la bonne porte (Valentin Quispe B&B) et la charmante propriétaire nous affrète un bateau « collectivo » pour demain 7 heures avec un chauffeur qui restera avec nous durant 24 heures. Au programme, les îles flottantes Uros et l’île de Taquile pour y passer une nuit.
Nous partons découvrir le village très calme de Llachón.










Nous montons en haut d’un mirador naturel en haut de la colline, situé à plus de 4 000 mètres d’altitude. De là-haut, après avoir récupéré notre souffle, nous profitons d’un joli coucher de soleil.






Nous voyons également un ovni au dessus de l’île de Taquile ou bien s’agit-il d’un phénomène de rayons divergents anti-crépusculaires...
Retour de nuit au camping-car. Apéro (comme hier et comme avant-hier et comme certainement demain).

Soirée télé avec un joli reportage « Chemins d'école, chemins de tous les dangers - au Pérou » qui raconte la vie des habitants des îles flottantes du lac et des enfants qui dès l’âge de 7 ans partent seuls à l’école située pour certains à 2 heures de navigation sur de frêles embarcations. 

Mardi 17 mai :

Réveil matinal. Dès 7 heures, notre taxi privé est là au rendez-vous, une grande embarcation d’une trentaine de places rien que pour nous...


Nous naviguons en direction des îles Uros. Il s’agit de ces fameuses îles flottantes construites en totora. La majorité de ces îles sont accessibles au départ de Puno et sont très touristiques, très touristiques... C’est un peu Disneyland avec des faux habitants qui font le folklore la journée devant les touristes et qui la nuit retournent vivre sur le continent dans des habitations en dur. Par chance, le bateau nous dépose sur l’île Balseros Unos Titino Nativo.

Il s’agit d’une vraie île flottante où vivent une trentaine de personnes réparties en 6 familles. Nous sommes accueillis par Roger, le président de la communauté. Les femmes vêtues de tenues traditionnelles colorées et aux cheveux tressés nous souhaitent également la bienvenue. 

Les îles Uros, sont appelées ainsi en référence au peuple qui y vivait jusqu’au 20ème siècle. Environ 2 500 personnes vivent sur 63 îles construites sur ces radeaux spongieux flottants.
Nous mettons pied à terre ou plutôt sur cette île. Rapidement, Roger nous explique le principe de construction et de flottaison. Les îles flottent sur une eau profonde de 6 à 7 mètres. Les habitants découpent à l’aide de grandes scies des grands blocs de 6 à 7 mètres de large et autant de long et d’environ 2 mètres d’épaisseur, dans la réserve où poussent les totoras.
C’est un mélange de terre, de racines, de totoras en décomposition ressemblant à de la tourbe. Ces blocs se mettent à flotter à la saison des pluies de décembre à mars car le niveau du lac s’élève alors de 2 à 3 mètres, et il y a à cette période beaucoup de vent et de vagues. Ils ramènent ensuite en tirant sur des cordes ces grands radeaux vers le lieu où ils veulent installer l’île.
Sur ce matelas flottant, ils posent des totoras en couches croisées. 
La construction dure un an. Chaque île a une durée de vie de maximum 30 ans. Mais elles demandent également beaucoup d’entretien. Tous les 15 jours, ils doivent rajouter 30 cm de totoras sur la totalité de l’île, ramassés dans la réserve voisine. Ce travail occupe 15 personnes durant 3 jours.
Chaque île est arrimée au fond de l’eau. Celle-ci tient par 8 points d’ancrage en eucalyptus distants de 60 à 70 mètres par rapport à l’île.
Sur cette île flottante, se construisent ensuite les maisons également faites du plancher au toit en passant par les murs en totoras.

 

Des totoras sèchent d’ailleurs en vue de la restauration de maisons de l’île.
Les maisons ne sont pas isolées, n’ont pas de chauffage. Les sommiers et matelas de lits sont faits en totoras. Tout est fait ici en totora.

Les habitants vivent de la pêche, de la chasse (oiseaux uniquement) et du tourisme.


Mais cette communauté vivant à deux heures de bateau de Puno, n’est que très peu fréquentée par les touristes. Nous avons une chance incroyable d’être arrivés ici. Nous avions prévu de passer une heure ou deux ici. Nous allons y passer 24 heures. En effet, la famille nous propose de nous héberger en nous proposant une pension complète pour 12€ par personne. Nous décidons sans réfléchir de partager un peu de quotidien de cette famille durant la journée.

Nous offrons quelques doudous d’Alluyes aux enfants de la communauté.

Nous visitons leurs modestes chambres et cuisines.





Ils bénéficient de l’électricité grâce à des panneaux solaires financés en partie par des français.
Il n’y a pas de toilettes, pas de douches, pas d’eau courante. Ils se servent de l’eau du lac pour se laver, cuisiner, faire la vaisselle et la lessive.
Les enfants vont à l’école comme nous l’avons vu dans le reportage, à savoir en partant seuls pour 30 minutes de navigation.
Nous partons sur une embarcation traditionnelle faite de totoras enveloppant des centaines de bouteilles de plastique en guise de flotteur. Marcelino, le père de Roger, âgé de 56 ans mais en faisant 15 de plus, déplace l’embarcation à coup de rame.




Durant quelques instants, je m’amuse à le remplacer mais je peine terriblement à mouvoir les centaines de kilos que pèse le bateau appelé « balsa ».
Nous nous dirigeons vers l’endroit où poussent les totoras. Il nous explique que cette plante se développe de manière très rapide. Elle pousse en environ 1 à 1 an et demi avant de pouvoir être coupée à l’aide de cette grande perche au bout de laquelle il y a un grand couteau parfaitement aiguisé.


Nous goutons à la partie comestible du totora. L’extrémité blanche de la racine se mange après l’avoir pelé telle une banane.

Marcelino, fabrique lui-même ses bateaux qui n’ont une durée de vie que de 1 an au maximum. Il lui faut un mois pour construire un nouveau bateau qui lui sert à se déplacer, à aller pêcher et chasser. Mais cette famille dispose aussi de bateaux plus modernes en résine et équipés de moteurs. Ils peuvent ainsi aller à la ville plus facilement une fois par semaine pour acheter à manger. Ils vivent beaucoup du troc et échangent leurs truites d’élevages contre des pommes de terre et autres produits alimentaires. Sur l’île, ils ont quelques volailles. Ils chassent les oiseaux avec une carabine artisanale mais également en tendant des fils autour des nids repérés posés sur les totoras dans la réserve. Les oiseaux revenant aux nids pour couver les œufs se prennent alors dans les fils et il n’y a plus qu’à les ramasser. Il nous emmène d’ailleurs voir un de ces nids. Il ne sait pas où il se trouve mais avance dans les totoras en propulsant son embarcation à l’aide d’une grande perche. Son expérience et son flair font qu’il en trouve un en quelques instants.

Notre présence fait qu’il ne ramasse pas les œufs mais nous comprenons que d’habitude, il les ramasse pour sa consommation ou bien pour les faire couver sur l’île.

Nous revenons sur l’île. Une habitation temporaire en totora  a été montée durant notre absence sur la place centrale et une table basse nous a été dressée. Au menu, soupe de quinoa et truite avec riz. Un délice.
Petite sieste (voire double sieste) pour papa et moi, bercés par les vagues du lac Titicaca, en plein soleil, à 3 800 mètres d’altitude...

La langue parlée ici est l’Aymara que les enfants apprennent à l’école en même temps que le Castillan. Voici quelques traductions en Aymara  :
-          Comment allez vous ? : Kamisaraki
-          Ça va bien : Waliki
-          Bonjour : Suma Uru
-          Merci : Yuspagara
L’après-midi se passe à observer la vie des gens. Les enfants du village sont revenus de l’école à 14 heures sur leurs barques. Chacun des membres de la communauté se met au travail : préparation de la pêche, artisanat, lessive... nous observons ce petit rituel quotidien. Les femmes font des tissages, de la broderie, des petits mobiles en totora. Les hommes tressent des joncs de totora pour en faire des petits bateaux. Nous passons des heures à les observer travailler et évidemment achetons quelques souvenirs.









Puis, je propose mon aide, qu’ils acceptent, pour préparer les filets pour la pêche. Il s’agit de démêler 200 mètres de mailles que nous allons ensuite aller poser dans le lac. Une heure plus tard, le travail est fini.
Nous embarquons avec Roger, son frère et deux jeunes ados pour aller à quelques mètres de l’île déposer ce filet d’une trentaine de centimètres de hauteur et qui va flotter verticalement dans l’eau durant toute la nuit. Ils espèrent ramasser entre 4 et 10 petits poissons, parfois 30.
Puis, comme trois fois par jour, il s’agit d’aller nourrir les truites. Ils les élèvent dans 3 bassins de 150 mètres cubes. Un des bassins a une armature en métal galvanisé qui leur a été offert par une ONG canadienne. Les autres ont une armature en bois d’eucalyptus beaucoup plus fragile. Seul un des bassins est recouvert d’un filet afin d’éviter que les Gaviotas (mouettes) ne viennent se nourrir ici. Ils n’ont pas le budget pour recouvrir les deux autres bassins. Ils distribuent 5 kg de granulés aux 5 000 jeunes truites. Ils achètent les alevins et les nourrissent durant 9 mois.
Les truites leurs servent à se nourrir lorsque la pêche artisanale n’est pas suffisante et sinon, la plus grande partie leur sert à faire du troc sur la péninsule voisine contre maïs, pomme de terre, quinoa...


 Au loin, les montagnes enneigées de la Bolivie.
Retour sur la paisible île où nous observons le soleil se coucher dès 17h30; la fraîcheur arrive.



Nous enfilons quelques épaisseurs de plus. On nous prépare nos deux chambres. Papa et Alexandre vont dormir au milieu de l’île. Nous quatre allons dormir dans une chambre donnant sur le lac face aux vents dominants et aux vagues qui creusent le totora sous la chambre qui se trouve penchée vers les eaux du lacs à 10°... Audrey n’a pas trop confiance en marchant dans la chambre et en sentant le sol qui s’enfonce...
Finalement, avec une extrême gentillesse, Roger et Ana, sa femme, nous libèrent leur chambre en la vidant entièrement et en échangeant les literies, en nous expliquant qu'ils ont, eux, l'habitude d'être ballotés par les vagues et que nous dormirons mieux au centre de l'île.
La nuit est tombée. Le vent s’est levé. Nous sommes frigorifiés. Nous n’avons plus d’épaisseurs à enfiler en plus de nos polaires et blousons. Mais nous sommes rassurés par la présence de 4 couvertures dans notre lit.
Audrey et moi, rapidement suivis de mon papa et d’Alexandre, nous réfugions dans la cuisine, seul coin d’où se dégage un peu de chaleur. Nous épluchons les patates et échangeons avec la famille.

Rapidement, nous nous réchauffons avec une soupe de quinoa et une truite avant d’aller à 19h30 au lit.
Nous sommes fatigués car debout depuis 5h30 ce matin mais avons surtout besoin d’un peu de chaleur. Je m’enfile sous les couvertures. Et là, c’est à ce moment que je me souviens que les péruviens sont petits. Sans être un géant, il me manque plus de 30 cm de longueur de lit pour être à l’aise. Le lit penche... ou c’est peut-être l’île. Le matelas ou plutôt la planche sur laquelle sont posées deux couvertures en guise de matelas est dur ! Les couvertures ne sentent pas bon du tout... et à 15 cm de ma tête, il y a le générateur électrique qui fait du bruit. Question isolation, il n’y en a pas. Il y a de gros trous dans la toiture. Dehors, et certainement dedans, les températures passent en négatif. La nuit est compliquée mais quel bonheur de dormir ici, sur une île flottante du lac Titicaca, à 3 800 mètres d’altitude et de partager le quotidien de cette communauté. Aucun regret même si la nuit est froide et presque sans sommeil !

Mercredi 18 avril :

Réveil matinal (encore). 5h40. Nous sommes vite prêts car nous avons tous dormi tout habillés. Nous avons rendez-vous avec le lever du soleil et avec Roger pour aller lever les filets de pêche.


Dès 6 heures du mat’, nous voici sur l’embarcation de totora. Roger, aidé de ses enfants avant qu’ils ne partent à l’école, tire les filets.

La pêche est mauvaise aujourd’hui; il nous explique que cela est certainement dû à la pleine lune et à la nuit trop claire. Ils ne ramassent des filets pleins de gros trous, qu'une quinzaine de poissons, dont 4 poissons chats d’environ 15 cm qui semblent les plus appréciés pour servir à la préparation de la soupe. Les autres poissons servent à la nourriture du chat et également de goûter aux enfants qui les mangeront frits pendant la récré à l'école.
Retour sur l’île pour prendre un petit déjeuner composé de thé et d'un petit pain maison; puis l’heure est venue pour nous de quitter la famille. Cependant, nous avons pris soin de prendre rendez-vous avec eux pour y revenir dans 48 heures avec Liliane et Daniel, les parents d’Audrey. Mais nous avons trouvé sage de ne pas y dormir...
Nous embarquons sur le bateau privado dont le chauffeur est resté à nous attendre durant ces 24 heures passées sur l’île. Nous nous dirigeons vers l’île de Taquile à 1h15 de navigation.

Cette île montagneuse abrite 3000 habitants. Un air de Méditerranée : paysages secs, murets de pierres séparant les parcelles de terre, bâtisses en pisé, en briques ou parpaings couvertes de toits en tôles, bosquets d’eucalyptus, troupeaux de moutons, cultures de patates, de maïs, de fèves sur des terrasses étagées. Après trois années de culture, la parcelle est laissée en jachère et elle nourrit les moutons.






Nous arrivons après avoir grimpé de 200 mètres d’altitude au village très tranquille en basse période touristique . Nous prenons un autre petit déj’ en terrasse sur la place d’Armes, composé de Maté de coca, de morceaux de pastèque et de brioches...
Nous visitons un centre d’artisanat consacré au tissage de la laine. Le savoir-faire et les méthodes taquileñas ont été classés au Patrimoine Mondial Immatériel de l’Humanité par l’Unesco. Nous repartons avec écharpe, bonnet, sac... en guise de souvenir.
Nous partons à l’assaut du plus haut sommet de l’île à 4 100 mètres d’altitude par un chemin bordé de murs de pierres. Les habitants cultivent de petites parcelles de terre étagées en terrasse. Quelques moutons dont les pattes sont attachées par de la fibre végétale tressée sont dans des enclos en pierres.

Au prix de nombreux efforts liés à l’altitude, nous arrivons en haut de ce point de vue panoramique à 360° sur l’île de ce majestueux lac Titicaca.


 




Nous redescendons en empruntant un chemin dont le revêtement est entièrement fait de grandes pierres taillées. Nous passons devant des ruines pré Incas.


Retour sur la place du village où nous allons déjeuner au resto communautaire communal. Nous dégustons... une soupe de quinoa et... une truite ! pour le troisième repas consécutif ! Mais on se régale quand même.
Le Pérou nous régale toujours autant avec les habits traditionnels des habitants tellement différents d'une région à l'autre. 









Nous croisons la petite dame qu’Audrey et Alex avaient aidée à charger les bouteilles de gaz. Échange chaleureux.
Nous descendons les 532 marches qui nous permettent de rejoindre le port.

A 14 heures, notre bateau arrive et nous ramène sur le continent, sur la péninsule de Capa Chica.
Nous y retrouvons la gentille dame qui nous avait affrété le bateau et qui nous a lavé notre linge et nos draps dans l’eau du lac durant ces deux jours.
Après-midi rangement et ménage en vue du départ prochain d’Alex et de mon papa qui repartent déjà demain. Je profite de ce moment pour faire la troisième vidange du moteur du voyage.
Soirée apéro afin de partager cette dernière soirée ensemble.
Nous apprécions de retrouver le confort du camping-car et avons même le luxe que ce soir, le chauffe-eau fonctionne !
Tout le monde se couche de bonne heure; nous manquons de quelques heures de sommeil...

Jeudi 19 mai :

C’est déjà malheureusement le dernier jour en compagnie de mon papa et de mon beau-frère Alexandre. Cela fait déjà trois semaines que nous sommes tous les 6 réunis dans notre petit cocon. Quel bonheur d’avoir partagé ces si belles aventures ensemble. Nous avons vu tellement de belles choses durant ce parcours de 2000 km sur les routes montagneuses du Pérou : Lima, Nasca, Cuzco, la Vallée Sacrée, Machu Picchu et pour terminer cette superbe expérience partagée dans cette communauté du lac Titicaca. Je remercie encore mon papa d’avoir accepté de nous rejoindre si loin, chose pas forcément évidente à 70 ans, notamment en terme de transport (plus de 30 heures de transport, 2 escales + 7 heures de décalage horaire...). Nous garderons tous de merveilleux souvenirs de ces moments partagés avec mon papa et Alexandre.
Nous passons la matinée à ranger le camping-car, à faire du ménage à l'intérieur et à l'extérieur, à faire les pleins et les vidanges et à faire un gros plein de courses avant notre prochaine entrée en Bolivie.
Le moment est venu de nous diriger vers l’aéroport de Juliaca où Liliane et Daniel, les parents d’Audrey, vont atterrir à 12h30. Ils vont relayer mon papa et Alexandre qui repartent du même aéroport en fin de journée.
Grand moment de joie et d’émotion en accueillant Liliane et Daniel que nous n’avions pas vus depuis 10 mois.
Nous nous dirigeons tous les 8 dans notre camping-car et passons l’après-midi en famille. Nous avons tant de choses à nous raconter. Nous recevons pleins de cadeaux: Lego, perles, livres, Reblochon, lardons, Ricard (mais pas de glaçons), chocolats,  saucissons, Nutella, Toblerone... Pleins de choses qui nous manquaient quand même un peu. Merci Liliane et Daniel !


Nous mangeons tous les 8 une bonne tartiflette... Quel bonheur de sentir l’odeur des lardons et du fromage fondu dans le camping-car ! 10 mois que n’avions pas senti cela...
La fin de journée arrive et le moment est venu de dire au revoir à mon papa et à Alexandre. De nouveau, moment d’émotion, mais cette fois ci, beaucoup de tristesse de les voir s’envoler ; même si nous savons que nous les revoyons dans deux mois en France.
Encore merci papa et Alex d’être venus nous rejoindre !
Bivouac en sécurité devant la gendarmerie de l’aéroport de Juliaca, ville réputée comme peu sûre.
 
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Pérou du 3 au 9 mai : Nasca, Cuzco

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