lundi 9 mai 2016

Pérou du 3 au 9 mai : Nasca, Cuzco

1 020 km parcourus du 3 au 9 mai
29 043 km parcourus depuis le départ



Mardi 3 mai :

Nous quittons la ville de Paracas et reprenons la panaméricaine en direction du sud du Pérou vers Nasca. C’est la dernière fois que nous voyons l’océan Pacifique de notre voyage.
Petit arrêt sur la bascule où la pesée donne un poids de 4,580 tonnes ! A peine un peu plus d’une tonne de surcharge... Il va falloir ménager notre monture. Pour rappel et pour ceux qui n’auraient pas lu le dernier article, nous sommes durant 3 semaines en compagnie de mon papa et d’Alexandre, le frère d’Audrey.
La route à travers le désert aride est superbe et traverse des zones montagneuses sans trop s’éloigner de l’océan. Autour de la ville d’Ica, les paysages verdissent un peu avant que nous retrouvions des zones au décor minéral.





De fragiles et précaires habitations sont construites en adobe ou en simples plaques en joncs tressés.


Nous arrivons dans la région de Nasca et allons visiter le site de l’« horloge solaire », connu également sous le nom de « métier à tisser », à cause de la forme en spirale au centre comme une pelote de laine et d’un zigzag qui représenterait le mouvement d’un métier à tisser. Ces lignes datant de l’époque Nasca sont visibles depuis une colline à laquelle on accède par un petit sentier, sous un soleil de plomb.




Nous reprenons la route et au niveau du site de Palpa, nous découvrons, garé sur le parking, un véhicule que nous connaissons bien. Cris de joie dans le camping-car de la part d’Anaïs et Victor en voyant le van de la Mamayouria. En nous quittant il y a deux mois, nous avions prévu de croiser ces jours-ci autour de Nasca nos amis Marie, Manu, Auria et Youenn avec qui nous avions passé et partagé de si bons moments au Chili et en Argentine entre novembre et janvier. Eux étaient montés en Bolivie et dans la région de Cuzco pendant que nous avons fait l’aller-retour jusqu’en Equateur. C’est l’heure de l’apéro et nous arrosons ces heureuses retrouvailles. Nous reprenons les bonnes habitudes en sortant les stores pour nous mettre à l’abri du soleil torride et les tables de pique-nique, car nous sommes quand même 10 autour de la table.
Nous allons visiter ensemble le site des géoglyphes de Paracas que nous avions déjà vus en montant il y a deux mois. Du haut d’un mirador à l’insécurité improbable, nous avons un point de vue sur la colline où les Paracas ont dessiné la famille royale, le paysan, le grand-père et le chasseur. C’est dommage car la lumière est un peu moins belle que le matin où nous étions passés et nous sommes un peu à contre jour pour apprécier pleinement ces figures. Nous avions détaillé plus longuement dans l'article consacré à notre premier passage ce site de la culture Paracas.


Nous continuons par la visite du musée Maria Reiche construit à l’endroit où cette dame allemande a vécu en plein désert pendant 14 ans afin d’étudier les lignes Nasca. Elle a consacré 40 ans de sa vie à tenter de percer le mystère de ces géoglyphes. Le musée est un peu poussiéreux et présente assez mal quelques belles pièces de céramiques retrouvées pendant ces études archéologiques.


L’intérêt est de découvrir la pièce où elle travaillait mais aussi ses outils de travail et de mesure, tout comme ses feuilles remplies de schémas et de calculs. Sa tombe est dans le jardin à côté de son Combi avec lequel elle travaillait dans le désert.



La journée se poursuit par une séance à l’Hôtel Nasca Lines où chaque soir, est diffusée en français une intéressante explication sur le mystère des lignes Nasca sur la voûte d’un planétarium. C’est dans cet hôtel que Maria Reiche a vécu les 25 dernières années de sa vie après avoir quitté sa pension visitée tout à l’heure, tout en poursuivant ses recherches.
Avant leur découverte officielle, les géoglyphes de Nasca étaient connus par les habitants locaux et les voyageurs. Les premières études archéologiques remontent à 1926.
C’est avec le début des vols commerciaux dans les années 1940 qu’il a été possible de se rendre compte de l’étendue de ce site archéologique. En 1939, un chercheur nord américain commença à les étudier et la mathématicienne Maria Reiche à partir de 1946 consacra le reste de sa vie à mesurer les figures, à les étudier et à les conserver en les balayant.
Les figures remonteraient à la période entre 200 avant JC et 648 de notre ère. Chaque géoglyphe fut dessiné en traçant des sillons entre 20 cm et 1 mètre de profondeur, ou en retirant les pierres de la superficie. Les géoglyphes ne se sont pas usés car le climat de la région est très sec. Le désert de Nasca est l’une des régions les plus arides au monde. Il ne pleuvrait que 30 minutes par an.
Les figures les plus anciennes datent de la culture Paracas comme celles que nous avons vues plus haut sur le site de Paracas. Elles représentent, comme sur les tissus et les céramiques, des figures zoomorphes (animaux) et anthropomorphes (humaines). Plus tard, les figures géométriques et les lignes en forme de trapèze de la culture Nasca ont été superposées à des figures plus anciennes.
Les théories sur l’explication de ces lignes et figures sont diverses et le motif pour lesquelles elles ont été tracées pendant plus de 1 000 ans reste encore mystérieux : calendrier astronomique, constellations du ciel représentées par ces figures, rites de fertilité, lieux de pèlerinage, culte à l’eau... Certaines théories avancent même que ces lignes servaient de piste d’atterrissage pour les extra-terrestres !
La journée se termine par un bivouac en plein centre ville de Nasca à se raconter nos anecdotes et souvenirs de voyages, à échanger des bons plans sur le Pérou, l’Equateur et la Bolivie. Et comme nous avons plein de choses à nous raconter, nous sommes contraints de faire traîner un peu l’apéro tard dans la soirée. De plus, cette fois-ci, c’est bien la dernière soirée que nous passons ensemble durant ce voyage car la Mamayouria monte vers l’Equateur et la Colombie, et nous on file vers la Bolivie et le Brésil... alors on en profite et on se ressert quelques apéros. Les filles ont très soif, du coup, nous les accompagnons !



Mercredi 4 mai :

6 heures du mat, le réveil sonne... Nous avons rendez-vous ce matin pour le survol en avion des lignes Nasca. On nous emmène en navette à l’aéroport et rapidement, nous voici embarqués tous les 6 dans une avionnette et chacun prend une petite poche à vomi avec soi...


Au bout de 5 minutes de vol, nous arrivons sur le site des lignes Nasca.
La première est la figure de la « Baleine ». Une autre figure plus ancienne apparaît en dessous et un trait géométrique.
Les « tripodes » ou « trapèzes » étaient des plateformes de pèlerinages auxquels participaient les sorciers et les principaux personnages de la société, afin de demander pluie et fertilité. Les trapèzes relient les montagnes (espaces sacrés) qui se trouvent dans les pampas, puis les lignes se prolongent sur des centaines de mètres parfois jusqu’à 30 kilomètres. Les trapèzes se superposent à d’autres figures car ils ont été tracés à des époques différentes. De nombreux fragments de céramiques et des débris de coquillages marins éparpillés sur ces dessins au cours de rituels renforcent la thèse que ces espaces soient des lieux de pèlerinage.
L’ « astronaute » ou « l’homme à tête de chouette » mesure 32 mètres. Il porte un spectre, symbole de pouvoir.
Le « singe » est une figure qui mesure 110 mètres. Sa queue se termine en spirale. Maria Reiche a démontré une théorie astronomique et a mis en relation la figure du singe avec la constellation de la grande Ourse. Les étoiles coïncident avec les yeux et le corps du singe. Le singe originaire de l’Amazonie aurait aussi pu être associé à la pluie.
Quelques centaines de mètres plus loin, la figure du « chien » symbolise la fidélité, la sagesse et l’astuce.
Des restes momifiés de renards, de chiens, de singes, de crapauds, d’iguanes ont été retrouvés dans diverses tombes, probablement offerts puis sacrifiés au cours de rites de fertilité liés aux figures des pampas.
L’une des figures les plus connues est celle du « Colibri ». Elle est longue de 96 mètres et large de 66 mètres. Cet oiseau était considéré par les péruviens comme un messager entre les dieux et les hommes.
Le dessin de l’« araignée » de 46 mètres était associé à la pluie, à la fertilité et aux rites sorciers. Il ressemblerait à la constellation Orion.
Le « Condor » mesure 136 mètres. Il s’agissait d’un oiseau sacré pour les cultures précolombiennes de Pérou. C’était l’un des principaux dieux. Le Condor et le Colibri étaient des objets de culte à cause de leur lien avec le Soleil (Dieu suprême).
La figure la plus longue est celle du « Flamant » (280 mètres). Il a un cou stylisé en zigzag. L’alignement de la figure est celui du solstice car le soleil est parfaitement aligné le 21 juin.

Le « Perroquet » se superpose à d’autres traits. Une partie de la figure est effacée. Il est symbole de fertilité. Le perroquet était offert lors de rites funéraires. Les plumes servaient à la confection d’ornements  et de tissages.
Trois figures sont très proches de la Panaméricaine. Cet axe routier a été tracé avant la découverte de ces géoglyphes. On y voit un iguane très abîmé, un arbre, et des mains  dont l’une a 4 doigts et l’autre en a 5, tout comme le singe.


C’est en prenant de la hauteur qu’on se rend compte de l’étendue de ces lignes. Sur 500 km², il a été dénombré une centaine de figures. Les dernières ont été découvertes en 2015.
Certaines figures ont subi des dommages importants avant qu’on ne prenne conscience de l’importance de ce site archéologique. Aujourd’hui, les lignes Nasca sont classées au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco.
Pour conclure, les changements climatiques et la progressive désertification furent les principaux problèmes auxquels firent face les Paracas et les Nazca. C’est pour cette raison que le culte à la fertilité et le culte à l’eau sont beaucoup représentés dans ces symboles. Les figures géométriques comme les zigzags, les spirales ou les cercles sont intimement liées à l’eau. Les zigzags représentaient le tonnerre et la pluie alors que les cercles et les spirales représentaient l’eau qui jaillit des fontaines.
Il y a une évolution culturelle depuis les premières formes figuratives de la période Paracas jusqu’aux plus récentes des Nazca avec leurs dessins géométriques et symboliques.
Voilà pour ce long paragraphe sur ces mystérieuses lignes Nasca qui nous ont passionnés et dont nous avons pu pleinement profiter depuis les airs. Le vol dure 35 minutes et l’avion prend le temps de faire un virage à gauche à 90° puis un virage à 90° à droite sur chaque figure. Ce qui fait que 50% des sacs à vomis distribués au début du vol ont été restitués pleins mais je ne ferai pas de dénonciation et ne dirai pas qui les a remplis. Voici juste un indice avec une photo.
Il faut préciser que nous avons survolé 13 figures ce qui fait 26 virages à 90° à environ 200 km/h... Malgré tout, 100% des passagers ont adoré ce survol des lignes !
Nous passons la fin de matinée à aller faire une dernière visite avec la Mamayouria en nous rendant au site Nasca de l’aqueduc de Cantalloc. Les Nascas ont dû faire face à l’aridité croissante du désert lors d’une époque de grand changement climatique qui fut la cause de la désintégration de l’unité de ce peuple fragmenté et obligé d’émigrer vers d’autres lieux jusqu’à finalement disparaître.

Pour survivre, ils ont construit un réseau de canaux et d’aqueducs destinés à l’irrigation des champs agricoles car ils ne pouvaient dépendre des rares pluies. Ils ont creusé des galeries circulaires en forme de spirales qu’ils utilisaient pour accéder et entretenir les aqueducs souterrains. Ces spirales étaient parcourues également lors de rites de fertilité.

Ces aqueducs sont encore utilisés aujourd’hui. Il ne pleut quasiment jamais à Nasca. Les 35 000habitants, pour ceux qui n’ont pas de puits permettant de puiser l’eau des nappes phréatiques alimentées par les eaux de pluies des montagnes des Andes voisines, n’ont accès qu’une heure par jour à l’eau courante.
De là, nous disons au revoir à nos amis et chacun poursuit sa route de son côté. Nous nous reverrons maintenant la prochaine fois en France. Les enfants sont chagrinés de se quitter.
La matinée se poursuit par la visite du cimetière de Chauchilla que nous avions également visité lors de notre premier passage mais que nous tenions à montrer à Alexandre et à mon papa. Les Nascas enterraient leurs morts dans des tombes dont les murs étaient faits en briques crues et recouvertes de bâtons de bois ou de bambous puis par de l’argile et du sable. Les personnages importants étaient accompagnés d’objets de valeur, parfois en or. Les morts étaient placés assis et enveloppés de coton et de laine dans des ballots cousus et ils étaient accompagnés de poteries, de végétaux, d’outils et d’objets personnels. Certaines momies ont des chevelures de 2 mètres de long, signe de haut rang social.

Malheureusement ce site a été beaucoup pillé mais une bonne dizaine de tombes ont été restaurées. Là aussi, la sécheresse du climat a permis la bonne conservation des momies.

L’après-midi, après avoir fait les divers pleins, vidanges et rempli la bouteille de gaz à Nasca, nous pouvons nous attaquer à la montagne. Nous prenons la direction des Andes et partons en direction de Cuzco. La ville est distante de 640 km mais c’est une route de montagne sur toute sa longueur avec plusieurs cols à plus de 4 000 mètres. Les bus mettent 14 heures pour rejoindre Cuzco...
La journée est déjà bien entamée mais afin qu’Alex et mon papa s’adaptent à l’altitude, nous souhaitons bivouaquer aux alentours de 2 500 mètres.
La route prend rapidement de l’altitude et serpente le long de précipices. Elle est de plus assez dangereuse en raison des camions descendant très vite et coupant les virages sans aucune visibilité.

Alex et mon papa découvrent les jolis paysages andins, les petit hameaux si isolés, les superbes couleurs des vêtements des habits traditionnels de la population.

Nous nous arrêtons bivouaquer quelques dizaines de kilomètres après Nasca à déjà 2 650 mètres d’altitude dans le petit village de 100 âmes de Nuevo Santiago de Jesus récemment reconstruit suite à un séisme. Le hameau est bien calme. Pas de monde dans les rues. Aucune voiture. La place centrale où nous nous garons est déserte. Nous partons nous présenter et saluer la seule villageoise  qui est dans la rue et qui ne doit pas avoir l’habitude de voir des camping-cars. Puis, nous sommes attirés par le son d’une flûte. Il vient de la cour de l’école où une quinzaine d’enfants sont en train de danser dans la cour. Les instituteurs nous font signe de rentrer dans la cour et demandent à leurs élèves d’aller chercher des chaises afin que nous puissions assister à la répétition de leur danse et chant pour la prochaine fête des mères.

Ils chantent en Quechua, langue enseignée en plus du castillan à l’école et également parlée à la maison. L'instituteur accompagne à la flute les chants des élèves.

Nous sommes morts de froid car nous n’avons pas changé de tenue depuis la chaleur torride de Nasca quelques toutes petites heures plus tôt, mais nous assistons avec plaisir à ce bon moment. En échange, nous leur proposons de venir visiter notre « casa rodante ».
Quatre par quatre, ils montent découvrir le camping-car et sont surpris d’y trouver une petite maison avec un confort qu’ils n’ont sans doute pas tous à la maison.
Le village n’a accès à l’électricité que depuis 4 ans et à l’eau depuis que les travaux ont été entrepris suite à la reconstruction après le séisme.

Jeudi 5 mai :

Nous reprenons la route de montagnes en direction de Cuzco. Une vraie route de montagnes. Une vraie route de la Cordillère des Andes qui ne fait que monter et descendre de plusieurs centaines de mètres voire de milliers de mètres.





On a vite fait de passer de 2 000 à 4 000 mètres d’altitude puis de nouveau à 2 000 quelques kilomètres plus loin.










Nous montons, montons et arrivons à l’altitude de 4 540 mètres, le record de la journée. Là haut dans la Puna, il y a de fabuleux paysages. Des lagunes d’altitude accueillent quelques flamants roses.




De nombreux alpagas et lamas sont élevés par quelques habitants vivant dans de modestes habitations parfois en adobe et couvertes de toits de chaume. Ils vivent certes chichement mais ne semblent pas miséreux comme les habitants que nous avons vus ces derniers jours dans le désert. Ici, il y a de l’eau à volonté, donc ils cultivent fruits et légumes et peuvent faire un peu d’élevage.
Les lamas, les alpagas et les moutons ont des petits lainages de couleurs vives sur leurs oreilles.





Nous voyons aussi de la famille des camélidés, les vigognes si affûtées et si fines. Elles ont des allures de chevreuils.
Les habitants selon l'altitude à laquelle nous sommes, sont vêtus chaudement ; ils portent de colorés ponchos et sont coiffés de chapeaux de feutre.

Les parcelles sont délimitées par des kilomètres de murs de pierre. En altitude, les champs sont en ce moment tous colorés de pâquerettes.

Des enclos sont également délimités de murs de pierres mais les animaux ne sont pas dedans.


Des chevaux sauvages galopent dans les plaines d’altitude.
Nous restons un moment sur ces hauts plateaux. On roule en 6ème à plus de 100 km/heure.
De nouveau dans la même journée, les paysages changent radicalement. On est redescendu aux alentours de 2 000 mètres et nous allons longer pendant plus de 100 kilomètres le lit d’une rivière dans un profond canyon.
On peut enfin rouler et augmenter la vitesse qui passe en cette fin de journée à 36 km/heure ! On a roulé plus de 8 heures aujourd’hui et on a fait seulement 320 km...
A la tombée de la nuit, nous nous posons sur un parking de restaurant. Le couple de proprio accepte que nous dormions devant chez eux et nous proposent même de l’eau et de prendre une douche. C'est gentil mais nous sommes autonomes.Les enfants offrent un doudou arrivé récemment d’Alluyes dans les bagages de mon papa, au petit garçon de deux ans.

Vendredi 6 mai : 

La route est magnifique mais on espère que ce sera notre dernière étape pour rejoindre Cuzco distante de 280 km. Les premières dizaines se passent très bien jusqu’à Arancay, la ville la plus peuplée de la vallée. La ville est construite à flanc de montagne. Entre l’entrée et la sortie de la ville, nous allons grimper de 1 000 mètres de dénivelé !


Nous passons de nouveau un col à 4 000 mètres. Cette fois-ci, la végétation est faite d’eucalyptus qui arrivent à pousser jusqu’à plus de 3 500 mètres. Puis, quelques conifères, puis des herbes rases...
Les habitants même à ses altitudes cultivent à la main les champs.
Puis la route redescend à 2 000 mètres. On fait le yoyo ! Le camping-car fonctionne parfaitement bien et monte bien les pentes. Les descentes ne sont pas si raides et j’arrive à ne pas trop freiner mais seulement à décélérer au frein moteur.
 Les enfants profitent de leur papi et de leur tonton.

Sur la route, de gros cailloux et rochers nous font penser à des éboulements de la montagne. Puis des arbres sont coupés et entravent les 2/3 de la voie de circulation.

Nous apprenons un peu plus loin qu’il s’agit de manifestations qui ont eu lieu hier et avant-hier, de la population des villages de montagnes contre le gouvernement. Ils bloquaient la circulation pendant deux après-midi. On a eu de la chance !
La route continue toujours en faisant le yoyo. Les paysages sont superbes. Les sommets entre 5 et 6 000 mètres sont couverts de glaciers.

Les petits villages sont toujours aussi agréables à traverser et nous permettent d’observer la vie des habitants de la montagne.




Nous nous arrêtons à un petit marché où nous achetons fruits et légumes. Nous renonçons à la viande et aux yaourts qui ont passé au moins cette journée sans être au froid.











En fin de journée, nous approchons enfin de Cuzco, capitale de l’Empire Inca. Nous nous dirigeons vers le camping dans lequel se réfugient les voyageurs. On ne peut pas bivouaquer dans le centre de Cuzco. Nous allons donc pour la deuxième fois du voyage faire une nuit de camping. Nous avons du mal à y accéder et les rues très pentues sont bien encombrées de voitures, de bus et camions. De nuit, nous arrivons sur les hauteurs de la ville, bien fatigués après ces 640 kilomètres de routes parcourues. Cela n’a pas été facile et nous avons roulé à une moyenne de 35 km/h sur tout le trajet.
Nous sommes également un peu fatigués par les changements d’altitude de ces 3 dernières journées. Nous avons encaissé des milliers de mètres de dénivelés positifs et négatifs. Ce soir, nous dormons à 3 600 mètres d’altitude. Dès que nous bougeons, nous avons l’impression d’avoir couru un 100 mètres !
Samedi 7 mai :

Nous voici donc à Cuzco, ville de plus de 500 000 habitants, perchée à 3 400 mètres d’altitude au milieu des montagnes.
C’est un endroit mythique pour tous les voyageurs et une escale incontournable pour tous ceux en route vers le Machu Picchu et la Vallée Sacrée. La ville est d’une richesse architecturale et archéologique insoupçonnable. Cuzco doit son nom au rôle pivot qu’elle occupait au sein de l’Empire Inca : « Qusqu » signifie en effet « nombril » en quechua. Douze grands chefs Incas se sont succédés à Cuzco et ont marqué la ville de leur empreinte, à commencer par le fondateur Manco Cápac qui installa autour de 1 200 après JC la capitale Inca dans cette vallée après en avoir chassé les tribus d’origine qui exploitaient les terres fertiles depuis plus de 2 000 ans. Il traça le plan en damier de la cité en lui donnant la forme d’un puma à la tête de faucon. Pachacútec, le neuvième souverain, appelé le « fils du Soleil », fut un guerrier redoutable et conquit toute la région du lac Titicaca jusqu’à l’Amazonie et au Pacifique. C’est lui qui a vraiment consolidé l’Empire et a bâti vers 1 438 les principaux temples et palais de la cité de Cuzco. En 1 527, une guerre fratricide éclata entre deux des fils de Huayna Cápac, à sa mort, et le conflit marqua le début du déclin de la cité puis de l’Empire Inca. Le conquistador espagnol Francisco Pizarro entra à Cuzco en 1 534 et construisit dès 1 535 Lima, la ville des rois espagnols. Lima venait ainsi concurrencer la capitale historique Inca, trop éloignée de la mer. Tout au long du 16ème siècle, la ville coloniale s’édifia sur les ruines de la cité Inca ravagée par les espagnols. Ces derniers ont sauvagement rasé les édifices Incas. C’est sur ces fondations d’impressionnants murs aux pierres colossales parfaitement agencées que les espagnols ont construit d’imposantes églises, couvents, collèges et d'élégantes maisons coloniales.
La ville a souffert d’un séisme en 1 950 (après les violents tremblements de terre de 1 650 et de 1780) qui abattit les principaux édifices mais qui a permis de mettre à jour les magnifiques murs Incas dissimulés derrière les murs d’églises.
C’est donc dans cette cité, capitale archéologique des Amériques, plus ancienne ville habitée du continent, classée au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco que je vous invite à visiter avec nous durant deux jours, même si pour venir au bout de ces nombreux monuments, il faudrait y consacrer des jours et des jours.
Nous commençons donc par descendre dans la ville basse, le cœur historique de Cuzco, à environ 2 km du camping où nous dormons.
D’un coup, nous sommes séduits par l’architecture typique de ces demeures coloniales reposant sur les fondations Incas.





Nous entrons dans quelques boutiques d’artisanats et cours d’hôtels qui nous permettent d’admirer les patios des maisons coloniales.

Nous visitons le « musée archéologique Inka ». Lui aussi repose sur les fondations d’un palais, celui de Huáscar. On entre dans le Palacio del Almirante par une superbe porte en pierre taillée, longeant des murs Incas avant d’arriver dans un patio double.




Le musée présente des tissus, des momies, des céramiques Incas et pré-Incas et des peintures illustrant l’histoire de la capitale. La muséographie est un peu vieillotte mais permet de bien appréhender cette civilisation. Le musée présente également d’intéressantes maquettes des sites archéologiques que nous allons visiter ces prochains jours dans la Vallée Sacrée.






Petit resto avec quelques spécialités culinaires de Cuzco. Puis nous nous dirigeons vers le Museo Machu Picchu logé dans la Casa Concha, jolie demeure coloniale bâtie sur les fondations des ruines du palais de l’Inca Yupanqui.


Le musée est consacré aux travaux de recherches archéologiques réalisés par Hiram Bingham sur le site du Machu Picchu entre 1911 et 1915. Nous y voyons quelques photos de l’expédition de Bingham qui a découvert le Machu Picchu en 1911.
La muséographie est très bien faite et présente pratiques de l’astronomie, techniques agricoles et alimentation, fabrication de la chicha, céramiques, textiles, couteaux, miroirs, bijoux, ossements (dont les crânes déformés ; pratique couramment utilisée chez les pré-Incas et Incas à priori pour marquer l'appartenance à une caste)...

Visite très intéressante avant notre future visite de ce fabuleux site Inca la semaine prochaine.
Sortis de là, nous partons en direction de la Basilique et du couvent de la Merced. Fondé en 1 535, ce monastère massif détient l’un des plus beaux cloîtres du Pérou. Le monastère est décoré de splendides plafonds en bois sculpté et de grandes fresques.



Visite dans la sacristie d’un musée d’art religieux exposant un ostensoir en or de 22 kg, incrusté de 1 500 pierres précieuses et perles. Visite d’une cellule où le père Salamanca vécu cloîtré durant 11 années peignant peu à peu chaque portion de mur.
Puis à l’étage, la Pinacothèque présente de nombreuses œuvres de peinture de l’école de Cuzco.
Nous terminons par la visite de la Basilique où se prépare un mariage pour lequel les invités ne sont pas habillés comme étaient les nôtres à notre mariage !

Nous passons devant la fontaine à eau bénite mais nous n’avons pas soif.

Dimanche 8 mai :

La journée commence de bonne heure. Quelques courbatures dans les mollets pour avoir arpenté les ruelles de Cuzco hier. Mais nous retournons avec grand plaisir découvrir cette charmante cité qui est l’une des plus belles villes découvertes lors de notre voyage en Amérique du Sud.
Comme plusieurs fois aujourd’hui, nous poussons les portes de splendides hôtels de luxe 4 ou 5 étoiles afin de découvrir les patios intérieurs. Les portiers nous laissent volontiers entrer comme par exemple dans le Palacio Nazarenas. Il est lui aussi construit sur des fondations Incas.

Au-delà le double patio typique de l'architecture coloniale, nous accédons à la chapelle du palais.

Nous arrivons Plaza de Armas et allons visiter la Cathédrale-Basilique de la Virgen de la Asunción.
C’est avec la cathédrale de Lima, l’ensemble religieux le plus important du Pérou. Le porche baroque habille la façade Renaissance. L’édifice a été édifié en un siècle à partir de 1 560 avec les pierres du site Inca de Sacsayhuamán à la place d’un temple. Nous faisons la visite assez rapidement car c’est l’heure de la messe et des centaines de personnes y assistent en priant et en chantant avec une incroyable ferveur. D’autres font la queue devant le confessionnal.
Nous sortons de la Basilique et assistons pendant environ une heure sur la Place d’Armes à un impressionnant défilé de militaires devant un parterre d’officiels, et à la levée des drapeaux, enfin plutôt du drapeau car le premier n’a jamais voulu se lever, la poulie étant coincée... Là également, nous sentons la ferveur de la foule spectatrice chantant l’hymne national.






Puis nous partons déambuler dans les ruelles escarpées du Cuzco colonial. C’est ravissant.
Nous passons devant le Palacio Arzobispal décoré de splendides balcons sculptés et découvrons son agréable patio.


Toujours autant de plaisir à observer les tenues traditionnelles et les passants.





Nous empruntons la Calle Hatun Rumiyoc et nous sommes en admiration devant les bases de murs Incas en parfait état de conservation. Elles sont parfaitement ajustées malgré leur taille importante, certaines mesurant plus d’un mètre.






Les murs sont ici très hauts et les angles des bâtiments sont de toute beauté. Notez que les murs sont inclinés dans un but de construction antisismique.

L’une d’entre elles a 12 angles sur une même face. Et c'est Victor qui l'a trouvée.
En montant en haut de cette ruelle très touristique, nous arrivons dans le quartier de San Blas agrippé à la colline. Petite pause pour reprendre notre souffle. Nous peinons tous à crapahuter à 3 500 mètres d’altitude. La place de ce quartier est bordée de maisons blanches très anciennes aux menuiseries peintes en bleu.



Nous osons pousser quelques portes et découvrons de charmants patios.



Retour sur la Plaza de Armas qui s’étend sur un ancien espace cérémoniel Inca.


On y trouve la Cathédrale mais aussi la magnifique Eglise de la Compañia de Jesús. Elle s’appuie sur les fondations du palais Inca d’Huayna Cápac.
Tout autour de la place, il y a de belles demeures aux jolis balcons (pas de photos compromettantes cette fois-ci Eric !).

Nous continuons et passons devant de superbes monuments comme celui de la Casa del Marques de San Lorenzo Valleumbroso.
Un peu plus loin, la Plaza San Francisco et sa jolie porte, l’Arco de Santa Clara.
Il y a aussi une église, le Templo de San Pedro.
Tout au long de nos promenades, nous admirons ça et là les magnifiques pierres taillées par les Incas servant de soubassements aux maisons coloniales.



Pause méridienne au Mercado San Pedro où nous nous promenons à travers les stands de nourriture et d’artisanat.



Repas au milieu de la population locale où nous mangeons pour 5 soles chacun, soit 1,25€ !
Après cette pause à peine assez longue pour reposer nos jambes, nous repartons visiter les ruelles et sommes toujours autant impressionnés par la beauté des maisons, de leurs jolis balcons, de leurs cours intérieures.



Nous empruntons la calle Loreto longée de chaque côté par de hauts murs de pierres aux bases Incas.
Dernière visite de la journée : le Monasterio de Santo Domingo et le Templo del Sol Coricancha. Le monastère a été construit sur le plus célèbre lieu de l’empire Inca, le Temple du Soleil, ou Coricancha (« enclos de l’or »).

Du haut d’un promontoire s’élevait donc ici le temple du Soleil qui surplombait un magnifique ensemble de jardins en terrasse.
Voici la maquette du site vue hier au « musée Inka ».
Quand les espagnols sont arrivés ici, ils ont découvert un site d’une richesse inouïe car tout était en or ou recouvert d’or : trônes des empereurs défunts, corniches, autels, murs, plafonds, statues... Tout fut pillé et fondu... Ils construisirent une église sur les ruines du temple Inca.
Le séisme de 1 950 a détruit une grande partie des bâtiments coloniaux et l’on a pu redécouvrir cet important vestige considéré comme le plus parfait de l’architecture Inca.
Nous voyons dans le cloître un curieux mélange d’architecture de murs Incas et de bâtiments de l’époque hispanique.


On voit là aussi, l’inclinaison des murs et la forme des fenêtres et des portes trapézoïdales construites ainsi dans un but de construction antisismique.

Sur la photo suivante, il s’agit de la même pierre taillée entre le doigt d’Anaïs et le mien. La pierre possède 14 angles !
De là, nous profitons encore et encore du charme de quelques rues Incas de Cuzco, comme la Calle Ahuaqpinta, la Calle Cabracancha ou bien la Calle Santa Monica.

Nous voici bien fatigués après cette deuxième journée de marche dans Cuzco. Nous rentrons comme hier soir en taxi sur la colline où nous sommes stationnés. Nous montons à 6 en plus du chauffeur dans une petite voiture !
Ce soir apéro, car c’est « el día de la Madre » au Pérou, comprenez la fête des Mères. Les enfants offrent à leur maman un collier confectionné par Anaïs avec de l’ivoire végétal et un petit cœur.
Mise à jour du site internet, lecture de guides et petite liqueur au Pisco et au chocolat nous feront passer la soirée.

Ne ratez pas les carnets de bord écrits par Anaïs et Victor qui racontent avec leurs propres mots leur voyage en Amérique du Sud. Tous leurs articles se retrouvent sur la page "Le coin des enfants".