Photo Alpagas

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jeudi 16 juin 2016

Bolivie du 31 mai au 12 juin : Potosí, Sucre, Jalq'a, Tarabuco, Samaipata, Santa Cruz de la Sierra, Corumbá

1 856 km parcourus du 31 mai au 12 juin
32 921 km parcourus depuis le départ





Mardi 31 mai :

Nous sommes toujours accompagnés des parents d’Audrey, Liliane et Daniel, en Bolivie dans le Salar de Uyuni.
Après notre superbe excursion organisée en 4 x4 durant 4 jours ici et dans le Sud Lipez, nous avons décidé de revenir seuls en camping-car, passer une nuit au milieu de cette extraordinaire étendue blanche, près de l’île d’Incahuasi.
Réveil entouré d’une nuée de 4x4 venus avec leurs touristes profiter du lever du soleil sur le salar. Nous quittons le salar en roulant une heure sur cette étendue ressemblant à la banquise.

Petit arrêt à un musée présentant des œufs et des ossements fossilisés de dinosaures.
Bon le « guide » nous affirme que selon lui, les dinosaures ont vécu il y 2600 ans (puisque c’est à cette époque que le Dieu Inca a créé le monde) et non pas il y a des millions d’années...

Achats de quelques souvenirs en sel. Nous voyons le travail de sculptures à but touristique et également celui où des hommes à coups de hache taillent des blocs de sel pour construire des maisons, des hôtels et également pour le bétail (les vaches lèchent le sel pour compléter leur alimentation).



Nous arrivons à Uyuni, direction la station service qui avait accepté il y a deux jours de nous remplir le réservoir. Aujourd’hui, ce n’est plus le même employé, et il accepte de nous faire le plein mais à 8,88 Bol et non plus à 6 comme la dernière fois. On refuse, on peut tenir jusqu’à Potosí. On en profite pour faire le plein d’eau, celui-ci descendant assez vite à 6 dans le camping-car ! Mais bon, tout le monde faisant attention, on n’utilise que 50 litres pour 6 douches !
Rencontre sympathique avec un couple de voyageurs suisses, Monique et Vincent, se déplaçant durant 8 mois en Amérique du sud avec un 4x4 acheté au Chili. Ils cherchaient des compagnons pour aller sur le Salar... Dommage, nous en sortons mais nous les rassurons sur la facilité pour rouler dessus et pour se diriger.
Nous reprenons la même route que par laquelle nous sommes arrivés à Uyuni, à savoir celle de Potosí, distante de 200 kilomètres environ. La route est aussi belle qu’il y a quelques jours. L’altitude varie toujours de 3 à 4000 mètres. Les paysages sont toujours superbes. Il y a toujours des milliers de lamas et de vigognes en liberté. Ils ne sont pas farouches et traversent la route sans cesse.



Nous approchons de Potosí. Un bouchon se forme. Les véhicules sont à l’arrêt. Je sors et vais voir ce qui se passe. Des chauffeurs poids-lourds manifestent et bloquent la route. Une dizaine de semi-remorques sont en travers de la route. Les plus optimistes nous signalent que cela peut durer quelques heures ou quelques jours. Les plus pessimistes pensent à quelques semaines. Il n’y a pas d’autres routes pour accéder à Potosí mise à part un chemin ou même un 4x4 de voyageurs hollandais devant nous a essayé et a dû faire demi-tour. Deux solutions : attendre ou bien faire un détour de 600 kilomètres par Uyuni et Oruro mais nous serons de toutes façons bloqués car nous apprenons que toutes les routes d’accès aux principales villes du pays sont bloquées. Nous nous garons et patientons. Anaïs remarque un véhicule de voyageurs français derrière nous. Je pars faire connaissance avec Valérie et Alain voyageant à bord d’un camion de 11 tonnes durant plusieurs années. Ils nous invitent à partager un café dans leur luxueux et volumineux véhicule. Quelle place... Nous les invitons à venir partager un apéritif chez nous où Liliane et Daniel sont restés avec les enfants.
Rien ne bouge devant nous si ce n’est des gens bloqués qui s’excitent ! Nous avons la chance d’être au chaud, d’avoir à manger... et à boire ! Nous sympathisons avec ce couple berrichon qui a tout vendu en France pour faire le tour du monde... ça fait rêver...
Nous passons à table dans notre camping-car. On est bien serré à 8 mais les enfants se font un plaisir de manger leur assiette dans la capucine devant un dessin animé !
Puis à 20 heures, nous sentons un peu d’agitation, quelques véhicules semblent passer. Les grévistes viennent gentiment frapper au camping-car pour nous signaler que l’on peut passer rapidement car ils ne vont pas tarder à rebloquer. Nous rangeons tant bien que mal (plutôt mal que bien...) la table et les bouteilles qui traînent. Puis, nous réussissons à passer le « bloqueo » mais les camions restant en travers de la route, nous sommes obligés de passer par un chemin de traverse en terre et très pentu à tel point que je n’arrive pas à monter. C’est à mon tour de bloquer l’unique passage. Les grévistes se mettent à plusieurs pour me pousser et nous voici à parcourir environ 200 mètres sur une piste défoncée avec des passages très en pente où le porte-à-faux arrière touche à deux reprises. Valérie et Alain parviennent également à passer. Au lieu de rentrer dans Potosí de nuit, nous nous arrêtons bivouaquer ensemble un peu plus loin et ils reviennent terminer le repas avec nous. Nous nous couchons entourés d'une meute d'une vingtaine de chiens.

Mercredi 1er juin :

Au programme d’aujourd’hui, visite de la ville de Potosí. Nous parvenons à nous garer en plein centre-ville, rue Gumiel. Potosí est la deuxième ville de plus de 100 000 habitants la plus haute au monde, après La Paz. Elle est construite à 4 090 mètres d’altitude.
Elle est dominée par la masse de la mine du Cerro Rico.
Potosí est bâtie sur une colline où les rues et ruelles pas très heureuses se croisent. La ville est polluée, les maisons sont taguées et assez délabrées. Des nœuds invraisemblables de fils électriques polluent également ces belles façades coloniales colorées aux jolis balcons.






La ville compte de l’époque coloniale 22 églises paroissiales ou monastiques, l’imposante tour de La Compañia de Jesus et la cathédrale. Potosí est inscrite au Patrimoine Mondial en Péril de l’Humanité par l’Unesco. Son titre risque de lui être retiré dans peu de temps si les efforts nécessaires ne sont pas faits.
Nous commençons la découverte du centre colonial par la jolie façade de l’église de San Lorenzo présentant un mélange d’éléments appartenant aux cultes indigène et catholique.

Plus loin, nous visitons la passionnante Casa Nacional de Moneda datant de 1575.
C’est le plus grand et le plus important bâtiment civil colonial des Amériques. C’est ici qu’on frappa la monnaie. Le bâtiment est magnifique avec son mélange de pierres et de briques pour édifier les murs et ses vieux planchers en bois. Le roi Charles III fit fabriquer un deuxième bâtiment terminé en 1773. L’édifice s’organise autour de cinq cours et 200 salles. Il a l’allure d’une forteresse avec ses murs épais de pierres taillées.


La pinacothèque présente de jolis tableaux dont ceux de la Vierge représentant par la forme de ses vêtements la montagne de la mine. Son image se mêle étroitement à celle de la Pachamama (la terre mère), ainsi qu’aux symboles incas : la lune et le Soleil.

Visite de la fonderie.
Nous passons dans une salle où sont présentées des pièces de monnaie frappées dans un mélange de cuivre et d’argent. Jusqu’en 1825, elles sont à l’effigie du roi d’Espagne. A partir de cette date d’indépendance, c’est Simon Bolivar qui est représenté dessus.



 

Dans un entrepôt voisin où les planchers d’origine portent encore les traces des machines et des pas répétés des ouvriers, nous voyons les impressionnantes machines à engrenages en bois qui servaient à frapper la monnaie. L’axe principal de cette machinerie était actionné par des ânes à l’étage inférieur. Ces animaux avaient, dès lors qu’ils commençaient à tourner en rond autour de cet axe, une espérance de vie de 8 mois.





La visite continue par un musée présentant des objets liturgiques en argent, des miroirs, des pots de chambre en argent aussi... On ne peut s’empêcher de penser au mépris qu’il fallait pour réaliser ce type d’objets quand tant de gens mourraient pour trouver et transformer ce métal précieux…

Puis, nous voyons les machines à vapeur qui ont remplacé les plus anciennes à partir de 1869 jusqu’à l’apparition d’autres machines encore plus modernes après avec l’arrivée de l’électricité.
Les pièces de la Bolivie ont été frappées ici jusqu’en 1951. Depuis, elles le sont à l’étranger. Les billets sont imprimés en France.
Passionnante visite, de plus guidée en français, qui a énormément intéressé les enfants et en particulier Victor, passionné de mécanismes et d’engrenages.
Petit resto très sympathique, copieux et bon. Merci Papi et Mamie !
Rencontre grâce à notre Guide du Routard avec Arnaud Gérard, belge d’origine et installé en Bolivie depuis 30 ans. Il fabrique de superbes instruments de musique, notamment des flûtes de pans et des Quenas pour des musiciens professionnels. Professeur de physique, il nous explique brièvement mais avec passion comment il fabrique avec énormément de précision ces instruments.
Nous continuons notre promenade dans les rues battues par un vent glacial de Potosí. Nous arrivons sur la Plaza 10 de Noviembre entourée d’édifices coloniaux dont la Municipalité, le Trésor Royal et de riches demeures de propriétaires des mines. Il y a également la Cathédrale du début du 19ème siècle construite sur les ruines d’une ancienne église.
 Balade dans les rues.



 



Un peu plus bas, il y a la Torre de la Compañia de Jesus édifiée par les Jésuites au début du 18ème siècle.
Retour au camping-car en début d’après-midi. Avec Audrey, après beaucoup d’hésitations, nous décidons de ne finalement pas aller visiter les mines. Ces dernières sont toujours exploitées dans des conditions qui n’ont pas beaucoup évolué depuis le 19ème siècle. Des ouvriers y triment, y jouent leur santé y perdent la vie (espérance de vie de 50 ans maximum) pour y gagner 200€ par mois et on peut y faire du tourisme. On dénombre sur le Cerro Rico 200 mines sur 17 niveaux (450 mètres) exploitées par des coopératives faisant travailler environ 6000 mineurs.
Nous prenons la route... pas pour longtemps car comme hier soir, la sortie de la ville de Potosí est bloquée par des camions en travers de la route.

Il est 16 heures, je sors et tente de négocier avec le responsable du blocus que je repère vite. Il me dit d’attendre quelques heures... une, deux, dix, vingt, trente... Il est 18 heures, je ressors, en vain... 20 heures, je ressors et met en avant le fait que je suis avec des enfants. Est-ce cet argument qui le fait céder après concertation avec ses collègues ? Il fait reculer le camion qui bloque le passage.
Nous décidons malgré la nuit tombée de poursuivre notre route jusqu’à Sucre. On sait en effet qu’il y a aussi un blocus encore plus important à l’entrée de la capitale institutionnelle de la Bolivie (La Paz étant la capitale administrative et Sucre la capitale économique) et on nous laisse entendre que de nuit, on nous laissera peut-être passer.
La route est montagneuse, sinueuse mais en excellent état de revêtement et de signalisation lumineuse au sol. Nous craignions la Bolivie pour l’état de ses routes et franchement, la Bolivie n’a pour l’instant rien à envier, du moins sur ses axes principaux et ceux empruntés jusqu’à présent, aux autres pays d’Amérique Latine. En tout cas pour l’instant… mais le futur prouvera le contraire…
On est content car il n’y a pas d’encombres pour le moment... quand tout à coup, de nuit, j’évite au dernier moment des gros cailloux et un arbre au milieu de la route. Un peu plus loin, des bus et des camions par dizaines tous feux éteints sont garés sur le bord de la route, mais le passage étroit au milieu me permet de passer jusqu’au moment où on trouve une grosse branche en travers de la route. Je descends et vois que plusieurs camions sont eux aussi en travers de la route. Il est 22 heures. Pas de grévistes, pas de routiers, tout le monde dort. Nous en faisons autant. 

Jeudi 2 juin :

Dès que le jour se lève, je sors dehors à la rencontre des routiers. J’essaye de repérer le responsable du piquet de grève. Il est grand avec sa casquette verte et sa tête toutefois assez sympathique. Il n’a pas de moustache comme les responsables syndicaux de chez nous. Il n’y a pas qu’en France que c’est le bordel !

Je lui explique que nous sommes une famille en voyage en train de découvrir son pays, que je comprends bien entendu ce pourquoi il se bat (à priori trop d’impôts et de TVA) mais que j’ai deux enfants en bas âge qui attendent depuis hier soir devant le barrage. Il me dit qu’il va discuter avec ses collègues et qu’il viendra me voir d’ici une demi-heure. J’ai confiance, je le sens dans son regard.
Effectivement, il revient quelques dizaines de minutes plus tard et souhaite voir si j’ai bien des enfants. Vérification faite, il ordonne de faire reculer le camion qui bloque la circulation. Il me donne le mot de passe pour les prochains blocages plus en aval : « Ariel me ha dado el paso ». Gracias. Il n’est que 8 heures. Nous passons entre des dizaines, des centaines peut-être pas loin d’un millier de poids-lourds garés sur les bas-côtés. Certains nous font un signe sympathique de la main, d’autres lancent des regards et des mots plus agressifs. Nous arrivons à deux autres barrages où le mot de passe fonctionne. Quelques kilomètres plus bas, fin du blocus. Nous arrivons sur Sucre, ville de 300 000 habitants, classée également au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco. Assez facilement, nous trouvons de quoi nous garer à seulement 1,5 kilomètre du centre historique dans un quartier qui nous semble assez tranquille, à l’entrée du Parc Bolivar (près du grand rond-point... pour les futurs voyageurs).
Perchée à 2750 mètres d’altitude, le climat est en ce moment doux et cela fait bien longtemps que nous n’étions pas sortis sans nos blousons...
Nous traversons le Parque Bolivar, très agréable, arboré, où beaucoup de Boliviens se promènent.
Anaïs et Victor s’amusent à grimper en prenant un peu de hauteur dans une mini Tour Eiffel, construite d’après les plans du célèbre Gustave.
Dans le même parc, nous trouvons pour la première fois depuis bien longtemps une aire de jeux pour les enfants. Elles sont en effet quasi inexistantes au Pérou et la plupart du temps en piteux état en Bolivie.
La ville de Sucre abrite le siège de la Cour Suprême Nationale logée dans un joli bâtiment qui se dresse au bout du parc.
La rue derrière lui est une succession de dizaines de cabinets d’avocats et de notaires.
Passage devant l’église Santa Mónica.
Nous passons devant de nombreux bâtiments de l’époque coloniale aux façades blanches sur un soubassement en pierres de taille jaunes. Dommage que certains soient cachés par des nœuds incroyables de câbles électriques.




Nous arrivons Plaza 25 de Mayo, grand square central avec arbres, fontaines, statues dont celle du Maréchal Sucre, kiosques... Ambiance très sympa avec les habitants qui prennent le temps assis sur les bancs.




Nous assistons à une manifestation pacifique de peuples indigènes venus de différentes contrées à la capitale afin de faire reconnaître leurs droits. Ils sont tous habillés en tenues traditionnelles. Pendant qu’un des leurs parle au mégaphone, d’autres personnes font des offrandes à Pachamama (la Terre Mère) en versant de l’alcool au sol et en jetant des feuilles de coca.








La Plaza 25 de Mayo est entourée de superbes monuments coloniaux : Cathédrale, Palacio de Gobierno, Casa de la Libertad... et d’autres jolies maisons coloniales.




Des zèbres font la circulation et des câlins à Victor.
Nous visitons la Basilique San Francisco de Asís édifiée en 1581. Remarquable plafond polychrome à caissons avec des pointes, d’inspiration maure.

Retable en bois sculpté doré et confessionnal ciselé d’influence métisse indienne.
 
Petit resto bien agréable dans un petit patio d’une maison coloniale
Non loin, nous faisons quelques pas au Mercado Central.







Puis, nous partons à la découverte du Museo de Etnografía y Folklore (Musef) logé dans une belle demeure coloniale qui a servi de banque jusqu’en 2004. Il y est présenté des expos temporaires et permanentes des différentes régions de la Bolivie : Oriente, Chaco, Amazonías, Andes.

Nous visitons l’impressionnante collection de masques rituels de tout le pays composée de reproductions actuelles et de pièces anciennes en toile, bois, métal, plâtre. Figures zoomorphes, divines ou hallucinées.


Un impressionnant masque de 9 kg : son porteur était censé danser avec pendant 3 jours jusqu’à mourir d’épuisement afin d’assurer une bonne récolte au village.
Le masque rituel, souvent d’origine rurale, ne permet pas seulement la transformation de l’individu en un personnage différent mais matérialise aussi un monde spirituel et mythique permettant ainsi la communion de l’homme avec les Dieux et les forces de la nature.
En Bolivie, il existe une importante tradition dans l’usage du masque dont l’origine remonte à la période préhispanique, comme avec les cultures Nazca, Tiwanaku...
Les traditions préhispaniques ont fusionné avec les masques coloniaux introduits par l’Espagne, générant ainsi une diversité riche d’expressions artistiques avec des caractéristiques particulières locales et régionales.
Les masques Boliviens contemporains ont toujours des connotations rituelles en relation avec les dieux, les êtres mythiques, les animaux...
Beaucoup de ces masques viennent du Carnaval d’Oruro, classé au Patrimoine Mondial Oral de l’Humanité par l’Unesco. Une exposition très intéressante de ces masques d’Oruro est d’ailleurs présentée au Musée du Quai Branly à Paris. Cette expo à Paris avait déjà beaucoup impressionné Anaïs.
A l’étage du musée, nous visitons le Musée de l’Intolérance Sociale consacré à la lutte des Femmes contre la violence ou bien à des femmes qui se sont battues pour des causes importantes. On y retrouve des portraits d’Anne Franck, de Mère Theresa, de Jeanne D’Arc...
Retour sur la Plaza 25 de Mayo et passage devant l’Université de droit.
Puis nous retournons au camping-car après un temps au parc de jeu.






Vendredi 3 juin :

Nous avons réservé pour aujourd’hui une excursion en 4x4 dans les villages de Jalq’A situés à 45 km de Sucre et 1000 mètres au-dessus. Ils sont perdus au cœur de paysages arides et grandioses et vivent des cultures du blé, du maïs, de l’élevage et de la production du tissage.
Nous avons la chance d’avoir frappé hier par hasard à la bonne porte de l’agence Joy Ride que nous recommandons vivement aux futurs voyageurs (face à la cathédrale). Dès 8h30, un chauffeur et un guide viennent nous chercher à notre camping-car et c’est parti pour 1h30 de route. David le chauffeur et Henry notre guide (qui parle français) vont être à nos petits soins toute la journée. Le service est d’excellente qualité et nous recommandons chaudement cette adresse aux futurs voyageurs. Nous arrivons par une piste en mauvais état au sanctuaire de la vierge de Chataquilla. Nous la visitons. Il s’agit d’une petite chapelle où les habitants et les passants viennent prier et faire des offrandes de cigarettes, de feuilles de coca, de bière, d’alcool, d’eau, de fleurs...

La cloche a été volée et remplacée par une jante de voiture et une bielle de moteur.
Puis, nous partons pour une randonnée de 2h30 qui va nous faire perdre 4 à 500 mètres d’altitude en cheminant le long du chemin de l’Inca pour arriver à Chaunaca. Le chemin empierré à la perfection par un peuple pré-Inca et réutilisé par les Incas serpente à flanc de colline.




Les paysages sont merveilleux. Liliane fait certainement exprès de tomber afin de pouvoir terminer la descente en tenant la main du charmant guide. Daniel dépité, suit derrière...
Nous apprenons que ce chemin est emprunté tous les week-ends par les paysans qui remontent avec leurs vaches pour aller les vendre à la foire de Sucre. La piste d’accès au village n’est pas accessible par les camions chargés de bétail car trop pentue.
Henry nous explique la géologie, la faune, la flore, l’histoire de la région. Il est passionnant. Il nous montre des plantes médicinales et des herbes aromatiques.
Au loin, les pentes multicolores du cratère Maragua se dessinent au fur et à mesure de la descente. Paysages vraiment immenses et grandioses.

Arrivés en bas de la descente, David nous attend au volant de son 4x4 après avoir descendu une piste vertigineuse à flanc de ravin empruntant une série de plus de 20 virages en épingles à cheveux.
Pique-nique sorti d’un Tupperware préparé par l’agence, à l’ombre d’un poivrier.


Puis nous remontons en 4x4 pour une heure de piste défoncée. Nous sommes secoués dans tous les sens. Nous arrivons dans le cratère de Maragua. Ses pentes sont plissées et ondulées avec un jeu de couleurs magnifiques. Nous sommes au pied de l’imposante Cordillera de los Frailes, une chaîne de montagnes striées d’ocre, de vert, de violet, de jaune, de marron... Le vert vient du sulfate de cuivre, le rouge de la ferrite. Les terres fertiles sont cultivées et certaines parcelles le sont en terrasses.

Au sol, on trouve de l’obsidienne, une pierre volcanique dure et tranchante sur ses angles qui était utilisée auparavant pour faire des pointes de flèches.
Nous visitons le village de Maragua. Quelques trente familles vivent ici, près de rien, loin de tout...


On est dans un endroit vraiment reculé de la Bolivie. La ville la plus proche, Sucre, est à 2h30 de route dont les 2/3 sur une piste défoncée. Les seuls lieux construits en dur sont l’école, le collège et l’internat. Les habitations sont en briques de terre crue. Nous en visitons une. Nous sommes surpris, voire choqués par le manque de confort de ses habitants. La cuisine est un espace d’un mètre carré recouvert de suie, ouvert sur l’extérieur. Quelques gamelles, une brique pour s’asseoir, un feu, quelques bouses de vaches sèches servant de combustible au feu... Nous avons déjà vu au cours de ce voyage et des voyages précédents des habitations rudimentaires mais là, les habitants vivent vraiment dans la misère.
Dehors, dans la cour, des épis de maïs sèchent au sol. Dans les pièces sèchent des patates.

Nous achetons des petits bracelets tissés à la femme nous recevant.
Henry nous montre le cactus servant à la préparation de la Tequila.
Nous longeons le cours d’eau, maigre en ce moment de l’année, mais qui, à la saison des pluies, isole encore plus le village en coupant l’accès.
Petite pause aux cascades puis à la gorge du diable, une étonnante grotte en forme de... gorge de diable. Il y a même des grosses dents qui retombent de la mâchoire.

Pause aux jeux qui ne sont pas aux normes CE !
Retour en 4x4 sur la même piste défoncée, poussiéreuse. 2h30 de voyage sont nécessaires avant de rejoindre la vie moderne de la capitale de la Bolivie. Quel contraste avec ces villages si près mais si loin en même temps.
En chemin, nous croisons le bus de transport scolaire... et de bouteilles de gaz !
Retour à l’agence qui nous offre à boire au bistrot du coin en compagnie de notre guide. Durant ce temps, David nous attend au volant de son 4x4 avant de nous ramener au camping-car vers 18h30.
Avec Daniel, nous descendons au stand du coin de la rue boire une grande bière et revenons avec 6 hamburgers au camping-car. 

Samedi 4 juin :

Réveil matinal. En même temps, tout le monde était couché à 20 heures hier soir. Je pense que mes beaux parents ne se doutaient pas qu’on les fatiguerait autant ! Il est vrai que les journées sont bien chargées depuis leur arrivée il y a deux semaines. Nous enchaînons journées de route, randos, visites, chutes (pour Liliane...), à un rythme assez intense (y compris pour les chutes de Liliane). Ne soyez pas surpris de ne pas la voir mettre des jupes ou des shorts à son retour. Les pantalons seront là pour cacher les bleus ! Daniel envisage même de tracer sur ses jambes une carte de la Bolivie, tant chaque écorchure rappelle un lieu différent. Fous rires. Depuis le début du voyage, nous multiplions les randonnées sur des chemins escarpés et Liliane ne pensait pas réussir à tout de même aussi bien marcher.
Nous partageons, tout comme avec Alexandre et mon papa durant 3 semaines avant l’arrivée de Liliane et Daniel, de très bons moments en famille. Pour répondre aux questions que quelques-uns nous posent, la promiscuité se passe très bien... Chacun a pris ses marques dans le camping-car et tout se passe à merveille. Nous sommes super contents de partager ces moments ensemble et ces 6 semaines en famille resteront un moment fort de notre voyage. Audrey dort avec les deux enfants dans la capucine, Liliane et Daniel font lits à part dans les chambres des enfants (lits superposés) et moi, j'ai investi le lit de la grande dinette que nous transformons tous les soirs.
Début de matinée consacré à cuisiner, et à récupérer le retard pris sur le blog. D’habitude, je m’occupe de la rédaction des articles, du tri des photos, de la mise en ligne durant le temps scolaire du matin. Mais comme durant ces 6 semaines en famille, Anaïs, Victor et Mamantresse sont en vraies vacances, je prends un peu de retard pour le blog. Les enfants partent avec mamie et papi au square pendant qu’avec Audrey, nous nous mettons un peu à jour sur Internet.
Nous partons en ville visiter la Casa de la Libertad logée dans un splendide palais colonial sur la Plaza 25 de Mayo. C’est un ancien monastère construit par les Jésuites au début du 17ème siècle avant d’être converti en annexe de l’université.



C’est ici dans la chapelle, en 1825, que l’assemblée proclama l’indépendance de la Bolivie. Cette salle fut ensuite le siège du Parlement jusqu’en 1898. Le blason de la Bolivie ainsi que les deux drapeaux officiels trônent dans cette superbe salle. Le drapeau à damier est un drapeau commun aux différents pays d’Amérique du Sud. C’est l’ancien drapeau des peuples indigènes préhispaniques.

Sous un plafond à caissons et en chevrons, superbe balcon taillé en bois de cèdre et doré à la feuille d’or de 24 carats.
Nombreux documents, souvenirs, objets liés à la lutte pour l’Indépendance comme l’épée du Maréchal Sucre, le drapeau de la Guerre du Pacifique, portraits des présidents de la Bolivie...
Dans une salle, est sculpté dans une seule pièce de bois, un gigantesque buste de Bolívar, autre héros de l’Indépendance.
Une salle est consacrée à l’héroïne Juana Azurduy de Padilla qui dirigea un bataillon durant la guerre d’Indépendance.
Dans d'autres salles, superbe mobilier de l'époque coloniale.


Le midi, nous retournons traîner dans les allées du marché central et observons les différents stands. Ici, tout se vend, tout s’achète. Superbe ambiance. Superbes couleurs. On s’y sent bien.





Nous montons quelques marches et allons manger pour environ 2€ chacun un menu bien copieux à tel point que nous sommes incapables de terminer nos assiettes.
Retour tranquille au camping-car. P’tit café. Mamie et Papi retournent au parc de jeux avec leurs petits enfants. Nous avançons sur le blog.
Le blocus des routiers grévistes est terminé provisoirement pour une durée de 15 jours.
Nous quittons Sucre en direction du petit village de Tarabuco distant de 60 km où doit se dérouler demain dimanche un grand marché considéré comme l’un des plus beaux de la Bolivie.
En chemin, toujours le même défi, trouver une station service qui accepte de nous vendre du gasoil à un prix « raisonnable ». Je vous rappelle que les Boliviens payent le litre 3,72Bol mais que les étrangers, quand les stations acceptent de vendre ce qui n’est pas toujours le cas, payent le litre 8,98 Bol, soit 1,16€. Mais bon, par chance, et au prix de dures négociations avec les employés, j’arrive à ne payer le litre « que » 6 Bol soit 0,78€ en moyenne. Il est surprenant de voir les employés nous fuir du regard, voire nous fuir tout court en partant à l’autre bout de la station, quand nous y entrons. Mais bon, nous faisons des petits pleins de 20 à 30 litres pour ne pas prendre le risque de tomber en rupture au cas où on ne veuille pas nous servir.
Nuit dans le village de Tarabuco dans une rue en terre, entourés de meutes de chiens et de gros cochons qui grattent autour du camping-car.

Dimanche 5 juin :

Les chiens ont été calmes. Les cochons ont gratté autour du camping-car. Dès 4 heures du matin, de l’agitation a lieu autour de nous en vue de la préparation du marché.
Nous sortons découvrir les rues et places de Tarabuco très animées en ce jour de marché dominical vivant et coloré. Il ressemble beaucoup aux autres que l’on a déjà pu voir. Cependant, les habitants portent des tenues traditionnelles très particulières comme certains hommes qui portent la Montera en cuir rigide qui rappelle les casques portés par les conquistadors espagnols. Les femmes portent le Joq’ullu, un chapeau en laine moins rigide, avec des perles de couleur. Les femmes et les hommes portent souvent des sandales en pneu recyclé.






Il y a de l’artisanat à base de textiles tarabucos aux motifs figuratifs et abstraits. Les teintures sont naturelles. Ils sont assez épais et rigides. Les artisans produisent des ponchos, des ceintures, des tissus carrés servant à transporter des aliments ou à porter un enfant, des petits sacs pour ranger les feuilles de coca, ou des couvertures...


Le marché est peu touristique bien que l’on y croise par hasard les deux dernières familles de voyageurs rencontrées à Potosí et à Sucre.
Il y a de tout à vendre : quincaillerie, matériel scolaire, tissus, laine, outils, dvd, feuilles de coca, sodas, chaussures, vêtements...

Les gens s’arrêtent sur certains stands dévorer des images de DVD de matchs de catch et de sitcoms.
Je rentre au camping-car me coucher avec mon petit bonhomme car nous ne sommes pas du tout en forme depuis ce matin
Le reste de la troupe continue sur le marché de fruits et légumes. 
Audrey et Liliane vont faire réparer chez le couturier un pantalon et une jupe pour 1,30€ pour chaque pièce !
Après une petite sieste réparatrice, c’est au tour de Liliane de ne pas être en forme. C’est ça la Bolivie !
Nous prenons la route vers Sucre que nous traversons assez facilement en ce dimanche.
En sortie de ville, nous passons devant le Parque Cretácico. Sur une paroi montagneuse longue de 2km et haute de 40 mètres, redressée à la verticale en raison d’un mouvement de terrain il y a des millions d’années, nous apercevons des empreintes fossilisées de pas de dinosaures. C’était un lac avant le surgissement de la Cordillère.

Nous nous dirigeons à présent en direction de Santa Cruz de la Sierra, dernière étape et ville départ de Liliane et Daniel, d’ici quelques jours.
La route est belle, en bon état et nous fait passer de 3200 mètres à 1600 mètres d’altitude à notre lieu de bivouac. C’en est fini pour la Cordillère des Andes, nous qui la suivons, la franchissons, la longeons, la refranchissons depuis la Terre de Feu, à savoir il y a presque 25 000 km et 7 mois. C’est sans soute la dernière descente et c’en est fini (malheureusement !) avec les cols à plus de 4000 mètres, voire pour certains chatouillant les 5000 mètres. Nous nous dirigeons à présent vers les plateaux de l’Amazonie Bolivienne puis vers le Brésil et finalement l’Uruguay ! Et oui, ça sent la fin même si nous avons bien l’intention de profiter pleinement de chaque instant qui va nous rapprocher du port de Montevideo le 26 juillet.





Apéro, bivouac dans un petit village de bord de route. Anaïs et Victor jouent avec d’autres enfants sur la placette. La communication est de plus en plus facile et les enfants arrivent de mieux en mieux à entrer dans le jeu. 

Lundi 6 juin :

Réveil matinal. Il est à peine 8 heures, nous sommes déjà en train de rouler. Nous savons qu’une journée difficile de route nous attend. Seulement 300 km mais la route va vite devenir piste de terre et de cailloux. Ah ben, ça y est, on est au bout du bitume !
Jusqu’à Aiquile, tout va bien. Un peu après, tout va bien. Encore un peu après, un homme agite son drapeau rouge. Au bout de 5 minutes, j’éteins le moteur. Au bout de 10 minutes, je sors voir ce qui se passe. Deux pelleteuses ont attaqué la falaise qui est effondrée sur la route. L’homme au drapeau m’indique une heure de barrage, au moins…
Finalement, après 1h45 de travaux, le drapeau vert s’agite. Nous continuons
 
La piste en très mauvais état. Nous roulons entre 10 et 20 km/heure. Ça n’avance pas.



Les paysages sont sympas mais la route est tellement difficile que j’ai du mal à apprécier. Le ripio est hyper poussiéreux. Dès qu’on croise un véhicule ou qu’on se fait doubler, un nuage incroyable se dégage, rendant la visibilité quasi nulle.



D’autres travaux plus loin s’interrompent par moment afin de nous laisser passer sur une piste très caillouteuse par endroit, détrempée et boueuse à d’autres endroits. Mon camping-car souffre. Mon amortisseur qui fuit est mis à rude épreuve. Il est en train de se suicider à petit feu. Tiendra-t-il jusqu’en France, j’en doute !
Victor supporte mieux que mon amortisseur les vibrations du ripio. Anaïs pour changer, passe des heures à lire et à relire les livres déjà lus.

Les autres passagers souffrent pendant ce temps autant que moi de l’état incroyable de cette route reliant deux villes importantes de la Bolivie, Sucre et Santa Cruz, la capitale institutionnelle et la capitale économique. Les pentes sont parfois bien pentues et les montées sont certaines fois compliquées en raison de la traction avant. Tout le poids du véhicule est sur l’essieu arrière. Mais ça passe à condition de prendre de l’élan, mettant encore plus à rude épreuve mon amortisseur.
Puis vient une nouvelle montée pas forcément plus pentue que les autres mais en plein milieu, mon camping-car s’arrête. Les roues patinent. Je recule, je prends de l’élan. Idem. Je fais descendre mes 3 passagers les plus lourds. Idem. Je recule pour prendre plus d’élan. Idem. Je recule encore plus en bas de la descente pour prendre de l’élan. Malheureusement, lors de ma marche arrière, le camping-car tire un peu sur le côté et va se tanquer dans la berne en remblais non stabilisé. Impossible de bouger.
Je descends et observe que la roue arrière en plus d’être enfoncée dans le sol est explosée. Le pneu est déchiqueté.
Je comprends mieux pourquoi le camping-car ne voulait pas monter la côte qui n’était pas si pentue. Vu l’état du pneu, cela doit faire un moment que je roulais avec un pneu en moins mais sans m’en apercevoir vu l’état de la piste et la vitesse à laquelle on roule ! Que faire ? L’essieu arrière repose au sol. L’essieu avant repose aussi au sol. La plaque de protection sous le moteur est collée au sol. Je sors ma sangle de traction en attendant l’hypothétique passage d’un véhicule capable de nous sortir de ce merdier, car là pour un merdier, c’en est un. Nous n’avons croisé que très peu de véhicules sur cette route.
Par chance, un gros pick-up arrive. De suite, il accepte volontiers de nous venir en aide. Echec. Par chance, c’est un 4x4. Il se met en 4 roues motrices qui à leur tour patinent. Le camping-car ne bouge pas d’un centimètre.
Incroyable chance, un gros camion de plusieurs tonnes arrive et observe la situation. A son tour, il accepte qu’on accroche à son attelage ma sangle. Là, je me sens sauvé. La sangle se tend. ECHEC. Les roues du camion patinent. Pas bon. PAS BON DU TOUT. Si même un camion n’arrive pas à nous sortir de là...
Incroyable autre chance, un tracteur agricole arrive. Vous avez pu lire dans mes récits ou voir sur les photos que les travaux agricoles ne sont que très peu mécanisés en Bolivie. Quasiment tout se fait à la main. Mais que fait un si gros tracteur ici ? Qu’importe, c’est notre ultime chance... le chauffeur hésite un peu à nous aider car il a une grosse charrue attelée à son tracteur qu’il lui faut enlever pour pouvoir nous tirer. Je le supplie. Il accepte et me dit qu’il descend un peu plus loin dételer son engin. Je le vois s’éloigner. Pourvu qu’il revienne. 5 minutes plus tard, il est de retour. De nouveau, j’accroche pour une troisième fois la sangle à un véhicule différent. Si là ça ne marche pas, il faudra attendre un char de l’armée ou un Airbus A380. Heureusement, sans souffrir, le tracteur me sort du fossé en 10 secondes. Je demande au chauffeur de me tirer jusqu’en haut de la côte. OUF...
Quelle aventure ! Liliane et Daniel, qui se voyaient déjà passer la nuit sur cette piste au milieu de nulle part, se souviendront de leur voyage en Bolivie !!! Ils auront des choses à raconter à leur retour en France dans quelques jours...
Nous voici en haut de la côte, garés sereinement sur le bas-côté à vouloir changer la roue. Je commence à vouloir descendre ma roue de secours fixée sous le châssis à l’arrière. Impossible. Le mécanisme est cassé. Ma deuxième roue de secours est celle qui a les deux hernies et qui en est au bout de sa vie. Je n’ai pas d’autres choix que de mettre cette dernière. Je la sors et m’aperçois qu’en plus des deux hernies qu’elle a sur son flanc extérieur, elle a aussi deux hernies sur son flanc intérieur. Jamais elle ne tiendra jusqu’à la prochaine ville, Santa Cruz située à des centaines de kilomètres, dont encore 70 environ de ripio pourri. Mais impossible de desserrer la roue qui a le pneu éventré. Le garage de Cajamarca me l’a serrée à la clé à chocs. Une nouvelle fois, un Bolivien s’arrête pour nous venir en aide et me desserre les écrous de roues avec sa clé plus adaptée. Ouf...
Nous reprenons la route, euh le chemin, dans un état catastrophique. En plus de ménager mon amortisseur, je dois maintenant éviter les plus gros chocs à ma roue de secours.
Les beaux paysages sont toujours là pour nous réconforter...

Les kilomètres défilent lentement, très lentement. Le stress monte un peu. La prochaine ville annoncée comme la fin du ripio est encore loin. Le soleil se couche. Je n’ai plus qu’un seul phare qui fonctionne. Galère. On est tous fatigués. Aucun endroit pour s’arrêter. Pas d’autres choix que de continuer malgré la nuit qui tombe. 18h15, nous arrivons à Samaita. On est tous, y compris mon camping-car, lessivés. Cela fait plus de 10 heures qu’on est parti ce matin, avec juste une pause déjeuner de 45 minutes à midi. Nous sortons avec Daniel repérer les lieux. Nous apprenons que le début de l’asphalte n’est pas encore là, mais à plus d’une heure de conduite, ou deux… 20 heures, tout le monde est au lit. 

Mardi 7 juin :

Réveil matinal. Je bricole ma roue de secours bloquée sous le châssis en me roulant dans la poussière. J’arrive péniblement à la descendre. Mais je prends la route avec la roue aux hernies en attendant qu’elle explose. Je préfère conserver ma deuxième roue de secours que je viens de descendre en l’état. Elle prend place sous la table de la dinette.
Nous affrontons de nouveau la piste de bon matin. Toujours aussi défoncée, toujours autant de virages, de montées, de descentes. Les troupeaux de chèvres ont remplacé ceux de lamas.


En plein milieu du ripio, on tombe sur un péage. Et oui, en Bolivie, toutes les routes sont payantes, même les plus pourries.
Le guichetier m’annonce 22 Bol à payer. Je lui dis « non, c’est cher ». Il me fait payer 8 Bol. On essaiera de faire pareil en France. En tous cas, malgré le prix des autoroutes de nos chères concessions privées en France, on appréciera maintenant d’autant plus le confort et la sécurité de celles-ci.



Nous ne sommes pas les seuls à avoir souffert de crevaisons...
Nous arrivons au bout de 25 km et deux heures de conduite éprouvante à La Palizada et le début de l’asphalte. Incroyable, nous avions oublié le bonheur que c’est que de rouler sur de l’enrobé, malgré l’état moyen de celui-ci. Arrêt à la première station service pour faire le plein d’eau car nous sommes à sec. J’en profite pour passer un coup de jet sur le camping-car qui me remercie bien.
Un peu plus loin, je change avec l’aide de Daniel la roue qui a les hernies et qui a finalement tenu le coup. Nous pouvons enfin rouler en toute sérénité après avoir vérifier la pression à la première Gomeria où j’en ai profité pour regonfler mes suspensions pneumatiques arrière. Enfin sérénité relative car nous n’avons plus de roue de secours jusqu’à temps de pouvoir acheter un nouveau train de pneu à Santa Cruz dans 200 km.
Je m’arrête faire le plein de gasoil. La pompiste me dit qu’elle ne peut pas servir les étrangers. Je lui dis que si elle peut le faire. Elle me dit que son système informatique ne lui permet pas de me délivrer du gasoil. Je lui que si il peut le faire. Elle me sert du gasoil. Par chance, jusqu’à présent, à part une station qui a refusé de nous servir à Oruro, toutes les autres ont accepté, évidemment en bataillant quasiment à chaque fois mais bon, on y arrive quand même !
Nous arrivons à Samaipata, adorable petit village connu pour ses ruines que nous visiterons demain. Malgré le temps glacial, nous sortons nous promener dans les rues de ce village de montagne paisible, à l’architecture traditionnelle. Balcons, grands débords de toits appuyés sur des piliers sculptés.






Petit marché couvert, petits marchands de rue. Nous faisons réparer les chaussures de rando de Victor à un cordonnier installé sur le trottoir qui recoud la paire de chaussures en échange de 10 Bol soit 1,30€ !


Nous nous réfugions dans un café pour nous réchauffer avec une boisson chaude et pour récupérer le code wifi qui ne fonctionne pas... Chocolats chauds à la crème et cappuccinos seront bien appréciés avant de rentrer au camping-car pour cuisiner une soupe à la citrouille…
Nuit tranquille sur la place du village. 

Mercredi 8 juin :

Nous partons à l’assaut d’une route sinueuse nouvellement bitumée (heureusement, sinon, on ne serait pas monté avec le temps très humide), très pentue qui nous fait gravir plus de 300 mètres d’altitude en 6 km. Nous arrivons au mystérieux site préhispanique El Fuerte classé au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco. C’est l’un des sites les plus étranges d’Amérique du Sud et le plus important monument rupestre des Amériques : un gigantesque bloc de grès, de 250 mètres de long et de 60 mètres de large, couvert de gravures zoomorphes et de motifs géométriques, et entaillé sur ces flancs de niches.
Longtemps considéré comme une forteresse, d’où son nom donné par les espagnols, ce fut en fait dès le 4ème siècle un important site religieux. Le site fut occupé par les Guaranis du Paraguay, les Chiriguanos et enfin par les Incas. Ce fut donc aussi un poste de défense. Mais le site était aussi habité. On y donnait des fêtes, des cérémonies, on y faisait des sacrifices.
Les Incas utilisaient le site en temps que centre administratif chargé d’assurer l’ordre de l’Inca dans la région. Le site fut abandonné au 16ème siècle après la chute de l’Empire et les conquistadores y installèrent un fort pour contenir à leur tour les attaques des tribus.
La visite de deux heures se fait sur un circuit très agréable et des passerelles permettant de prendre de la hauteur afin de profiter pleinement des gravures.
Malheureusement, le temps est vraiment très couvert. On est dans une purée de pois ! C’est bien la première fois du voyage depuis plus de 10 mois que nous faisons une visite dans ces conditions ! On ne voit pas à 50 mètres… et le rocher mesure 250 mètres !
Des pumas sont stylisés dans des cercles de plus d’un mètre de diamètre.
Autre incarnation au Soleil, des serpents sont représentés en forme de zigzag sur des mètres de longueur.
Il y a paraît-il une magnifique vue sur les montagnes et volcans avoisinants du parc Amboro. Nous sommes enfin à l’extrémité des contreforts andins et des plaines de l’Amazonie.
Des fouilles archéologiques ont mis à jour des vestiges d’habitations incaïques et espagnoles, de garnisons militaires...


La brume donne cependant un air encore plus mystérieux à ce site. L’humidité proche de 100% de l’air rend la végétation superbe. Cette dernière a beaucoup changé depuis quelques jours. On est entré dans la région de l’Oriente et nous nous rapprochons de l’Amazonie. La végétation est dense. Il y a des lianes et des arbres à grandes feuilles. C’est magique. Quel contraste avec les déserts traversés ces derniers jours !

Nous prenons la route en fin de matinée. Il ne nous reste que 100 kilomètres à faire avant d’arriver à Santa Cruz. Il ne nous faut pas crever car nos deux roues de secours sont mortes. Mais bon, se rapprochant de la capitale économique de la Bolivie, on espère bien avoir une belle route asphaltée !
Et bien non, la route est pleine de nids de poules. La fine couche de bitume s’en va par plaques. Les pluies intenses des derniers jours font dévaler des pentes une boue rouge sur la route. La moyenne est de 25 km/heure. Heureusement, il n’y a pas trop de circulation et je peux ainsi slalomer sur les 2 voies de circulation pour éviter les énormes trous. Mon amortisseur fuit toujours mais semble tenir le coup. Combien de temps ?




Nous arrivons à un péage. Après celui-ci, un policier me demande de me rendre dans le bureau de son collègue avec les papiers.
Je sens l’embrouille, d’autant plus que nous avons reçu un mail d’autres voyageurs nous prévenant qu’il y avait des ripoux par ici. Le flic m’explique que je dois m’acquitter d’une taxe me permettant de circuler en Bolivie en échange de laquelle il me fournira un formulaire. Il me demande 300 Bol soit environ 40€ !!! Je manque de m’étouffer devant lui. Il me dit alors que pour les autres c’est 300 mais que pour moi, c’est 200... Je refuse de payer une telle somme à cet agent corrompu... Il continue de remplir ce formulaire qui j’en suis sûr, ne me servira à rien. Je recommence la négo. Il baisse à 150. Je lui dis que je vais aller voir la police de Santa Cruz après pour voir si c’est vrai. Il baisse à 100. Je lui dis qu’au grand maximum, je lui donnerai 50. Il me dit 70. Je me croirais sur les souks de Marrakech. Il accepte ma proposition à 50. Incroyable. Révoltant. Premier acte de corruption auquel je cède depuis plus de 30 000 kilomètres parcourus depuis le début du voyage. Je m’étais pourtant promis de ne pas céder mais bon, c’est ainsi...
Tout est vraiment très compliqué en Bolivie pour circuler depuis le début que nous sommes ici : l’entrée dans le pays avec seulement 30 jours accordés au lieu des 90 réglementaires, difficultés pour se ravitailler en carburant dans des stations qui refusent de servir les étrangers, blocus des grévistes routiers à déjà 3 endroits différents, agents policiers corrompus et routes pourries depuis Sucre... Tout est fait pour éviter aux touristes de se déplacer dans ce si joli et si varié pays qu’évidemment nous adorons, mais franchement ça fatigue. Ce qui lasse aussi, c’est qu’on doit tout négocier. Autant négocier son kilo de bananes ou son souvenir au marché artisanal est un jeu et reste un plaisir, autant négocier son litre de gasoil, son ticket de péage, son droit de passage à un flic corrompu reste inadmissible. Voilà pour mon coup de gueule envers la Bolivie. Ce pays nous enchante malgré tout et nous en retiendrons bien évidemment tous les merveilleux paysages naturels (Salar de Uyuni, Sud Lipez, lac Titicaca…), les villes coloniales (Sucre...), les petits villages reculés (Tarabuco, Samaipata...), l’incroyable diversité de paysages et de couleurs entre les hauteurs de l’Altiplano et les plaines de l’Amazonie. Nous retiendrons aussi la gentillesse des Boliviens, leur aide spontanée dès que nous en avons eu besoin,  et surtout leur sourire et les petits signes de la main. C’est aussi le pays où le coût de la vie est le moins cher des 8 pays où nous serons passés durant notre jolie aventure d’un an. Nous retiendrons enfin ces bons moments partagés en famille avec Liliane et Daniel, ces 3 semaines passées à découvrir une partie de la Bolivie. Eux aussi, vont revenir en France avec beaucoup de souvenirs... Ils vont avoir des choses à raconter !
Nous arrivons finalement à Santa Cruz de la Sierra, ville de 1,3 million d’habitants. Comme d’habitude, dans les grandes villes, c’est un peu le coup de chance ou pas pour trouver un stationnement. Pour cette fois-ci, une nouvelle fois, c’en est un. Petit parking au sein d’un quartier résidentiel avec caméras de surveillance à chaque maison et fils barbelés au dessus des hauts murs de clôture. Petit tour à l’aire de jeux pour que les enfants se dégourdissent les jambes. 

Jeudi 9 juin :

Nous partons en camping-car à la recherche d’un marchand de pneus pour changer mon train arrière. Nous faisons 1, 2, 3, 4...... 6, 7, 8........13, 14, 15 marchands... pour finalement à défaut revenir au deuxième réserver une paire un peu plus large que ce qu’il me faudrait. Le plus important est que l’indice de charge est le bon ce qui est très difficile à trouver ici. Ça ira bien pour terminer le voyage. De toute façon, il n’y a pas le choix. RDV pris pour demain.
Nous allons visiter le zoo de Santa Cruz qui présente principalement des animaux d’Amérique du Sud. Le nombre d’espèces est important, les animaux semblent bien soignés, les infrastructures ont été rajeunies il y a peu d’années. Le parc est propre, très agréable.
Liliane et Daniel adorent, les enfants aussi. Avec Audrey, nous avons un peu plus de peine de voir ces animaux en cages après les avoir vus au cours des derniers mois pour beaucoup dans leur espace naturel ou dans des réserves nationales : tatous, caïmans, autruches, lamas, carpinchos, perroquets, singes, tortues...
On a même vu une partouze de tortues.
C’est par contre seulement dans des endroits pareils que l’on peut voir des tapirs, des condors (de près), des jaguars, des pumas... Mais quelle tristesse de voir ces animaux avides de grands espaces dans de si petites cages. Le condor est celui qui nous fait le plus de peine ; avec son envergure de 3 mètres, il ne peut voler dans son immense volière.








Une superbe volière nous permet de rentrer dedans et d’être au plus près des animaux : toucans, perroquets...









Le midi, Liliane et Daniel nous offrent et on les remercie encore, un délicieux repas dans un restaurant super sympa. C’est en effet leur dernier jour de vacances en notre compagnie. Demain, à cette heure où nous trinquons autour d’une bonne bouteille de vin Bolivien, ils seront dans l’avion.
Nous nous régalons de délicieux buffets que nos partageons : un à base de spécialités de Bolivie, un à base de viandes grillées. Jamais on n’aurait imaginé tout manger... et bien si !
Pour digérer ces excès culinaires, nous partons à pied marcher dans les rues de Santa Cruz. Les quartiers sont animés. Nous en traversons un, un véritable marché à ciel ouvert où tout se vend dans la rue. Les boutiques, pleines à craquer de marchandises, débordent sur le trottoir !



Je profite du travail d’un cordonnier qui me répare ma paire de baskets trouées. Remarquable réparation solide et invisible pour 10 Bol soit environ 1,30€. Pour le même prix, Daniel se refait faire des chaussures bien brillantes !

Les bâtiments de l’époque coloniale sont bien blancs et reposent sur d’élégants piliers en pierre ou en bois, créant ainsi des galeries couvertes. Les débords de toits sont larges.

Sans commentaire.
Petit clin d’œil à mes amis peintres et à mes collègues :
Nous arrivons sur la place du 24 septembre, entourée de bâtiments anciens dont la Cathédrale et sa jolie façade en briques du 19ème siècle.

 



Retour au camping-car et nous partons retrouver notre lieu de bivouac d’hier soir. Pour la deuxième fois, tout comme hier, nous sentons que notre présence dérange certains bourgeois du quartier : une dame s’avance et nous demande si nous avons une autorisation particulière pour rester là, sinon, il nous faut partir. OK, mais demain matin !

Vendredi 10 juin :

Dernier jour en famille, après un mois et demi passé avec mon papa, mon beau-frère et mes beaux-parents. Matinée rangement, courses pour la suite de notre voyage, et nous prenons la direction de l’aéroport Viru Viru de Santa Cruz de la Sierra où nous laissons le cœur serré et avec beaucoup d’émotion, Liliane et Daniel qui prennent l’avion pour un long voyage jusqu’à Paris et beaucoup d’escales : La Paz, Lima, Madrid.
Le camping-car nous paraît bien grand et bien vide lorsque nous remontons dedans...
Changement de pneus, lessive, recherche désespérée d’une station service qui accepte de nous servir. De nombreuses refusent, d’autres acceptent mais au prix fort, à 8,88 Bol, chose que je refuse car jusqu’à présent, nous avons toujours réussi à faire le plein en négociant le prix à 6 Bol. Une station me demande carrément d’aller me garer quelques mètres plus loin, à l’abri des caméras de surveillance et de revenir avec des bidons ; je paierais alors le prix Bolivien à 3,72 Bol (ma tête peut passer pour celle d’un bolivien, heureusement qu’on n’est pas en Norvège !) J’accepte, me gare sur la bande d’arrêt d’urgence de l’avenue et fait deux allers-retours avec mes deux bidons.
On repart direction... le Brésil. Enfin, on aurait bien aimé car au moment de démarrer, le camping-car ne veut pas. Il ne se passe rien quand je tourne la clé, si ce n’est plein de voyants qui s’allument. Rapidement, je comprends que la batterie est en cause. On est super mal garé. Je démonte la batterie de la cellule alimentant le véhicule en lumière, énergie pour la pompe à eau... et l’installe en remplacement de la défectueuse, juste pour me garer dans un endroit plus sécurisé et revenir sur le parking de la station service qui ne voulait pas me servir tout à l’heure...
Me voici grimpé dans un taxi qui m’emmène quelques rues plus loin pour acheter une batterie neuve. Allégé de quelques dollars, je reviens au camping-car une demi-heure plus tard et tente de tirer sur mes câbles pour les brancher sur la nouvelle batterie qui a les bornes inversées par rapport à nos modèles français.
Dure journée pour le porte-monnaie entre les pneus et la batterie mais ça fait partie du voyage... Il y a un budget pour ça. A cet instant, on imagine alors si cette panne était intervenue il y a 3 jours en pleine montagne à 200 km de la ville ! Ça aurait été drôlement compliqué, entre la recherche d’une dépanneuse (et son coût), l’échéance de l’avion pour mes beaux-parents... Une fois de plus, nous avons une énorme chance que cette galère arrive dans une si grande ville.
Nous avions prévu de rouler cet après-midi et bien c’est mort pour aujourd’hui. Nous retournons nous garer pour la troisième nuit consécutive au même endroit, pas pour embêter les gens du quartier, juste parce que c’est calme, sécurisé et que c’est plus facile de ne pas avoir à chercher un autre bivouac ce soir. Les enfants retournent au parc de jeux avec Audrey et rencontrent une petite fille avec laquelle ils jouent un long moment. Je me pose un peu dans le camping-car lorsqu’un vieux très agressif dans ses mots vient me demander de partir car il va appeler la police... D’un coup, je ne trouve plus mes mots en espagnol et lui répond en français au fur et à mesure qu’il s’énerve ! Il s’en va, pas moi...

Samedi 11 juin :

Cette fois-ci, on est bien décidé à rouler. On souhaite quitter la Bolivie au plus vite. Comme je vous l’ai déjà dit, on a adoré ce pays mais on en a vraiment marre de tout négocier tout le temps. Tout est trop compliqué pour le voyageur en véhicule. Ça devient vraiment fatiguant.
Nouveau petit problème mécanique. Le panneau d’affichage à LED m’indiquant le niveau de charge m’indique que les batteries ne se chargent plus. Pas bon... Après contrôle au multimètre, l’alternateur semble tout de même charger la batterie du porteur. Que faire ? La batterie neuve d’hier est annoncée comme vide. Nous faisons un grand tour de périf’ autour de Santa Cruz. La charge semble prendre. On prend le risque de partir. Gros risque car la prochaine ville est au Brésil à presque... 700 km !
Nouveau contrôle d'un policier qui trouve nos papiers en règle. Au moment de partir, le militaire me demande clairement de "collaborer" et de lui donner de l'argent. Je lui réponds "ben non !". Il me laisse partir. 
On n’ose pas s’arrêter de peur de ne pas redémarrer. J’enchaine les kilomètres dans les longues plaines de l’Oriente. Nous sommes entre 200 et 300 mètres d'altitude. La cordillère des Andes est bien loin derrière nous ! Les paysages sont au départ cultivés (maïs, soja) puis ce sont les arbres qui prennent le relais, pour enfin arriver dans l’immensité du Pantanal dont je vous parlerai au prochain article. Que de vert !!!!





Nous ne nous arrêtons même pas aux missions jésuites de San Jose de Chiquitos pourtant classées à l’Unesco, et que nous avions prévu de visiter. Dommage, mais je ne cours pas le risque d’éteindre le moteur. Si on ne repart pas, c’est un dépannage de plus de 300 km ! Pique-nique en roulant, café en roulant. Les enfants sont super mignons malgré les heures de conduite. D’habitude, on leur met des dessins animés mais les PC sont trop gourmands en énergie pour aujourd’hui !
La route se passe bien. Le bitume est d’excellente qualité. On fait une moyenne de presque 100 km/h. Ça nous change des dernières centaines de kilomètres. Ça vous fait rêver, Liliane et Daniel ?
Plein de carburant où je dois me résigner à payer le prix fort, faute de quoi je ne pourrai pas me ravitailler dans cette campagne. Il y a beaucoup de vent de face et comme je mets un peu le pied dedans aujourd’hui, la conso frôle les 15 litres aux 100 km.
17h30, il nous reste encore des kilomètres à faire mais le soleil se couche déjà. J’évite de trop allumer les phares de peur qu’ils vident ma batterie. Nous approchons de Puerto Suárez, ville frontalière la plus orientale de la Bolivie. On touche au but. Dernier plein de gasoil pour liquider nos derniers Bolivianos avant le passage de la frontière.
18h, nous arrivons au poste de frontière qui vient de fermer ses portes jusqu’à demain matin. Qu’importe, nous avons atteint notre objectif d’arriver à la frontière. Après 670 kilomètres parcourus aujourd’hui, je tombe comme une masse dans les bras de Morphée et de ma femme. 

Dimanche 12 juin : 

Dès l’ouverture du poste de Migración Bolivien, nous nous y rendons. Une file de 70 personnes est déjà là. Je fais la queue pendant qu’Audrey retourne au camping-car et retrouve son rôle de Mamantresse. Audrey, Anaïs et Victor étaient en effet en vraies vacances durant la présence de la famille soit 6 semaines, mais cette fois-ci, il faut s’y remettre sérieusement ! Les enfants sont enthousiastes et c’est un plaisir pour Audrey de reprendre ces petits moments privilégiés.
3 heures plus tard, je suis toujours dans la file d’attente. Nous nous faisons tamponner les passeports côté Bolivie. Puis, c’est au tour des formalités de sortie du véhicule.
Nous faisons 100 mètres en camping-car et arrivons au poste de douane brésilien. Une queue d’autant de personnes est parfaitement alignée. C’est reparti pour des heures d’attente. Au bout d’une heure, des touristes francophones nous signalent que les « gringos » sont maintenant dispensés de queue et peuvent passer ! Presque sans honte (ça nous aura quand même fait plus de 4 heures de file d’attente), on profite de notre privilège et on passe devant tout le monde. 5 minutes plus tard, nous repartons avec nos 4 tampons du Brésil, une autorisation de rester sur le territoire 90 jours (sans avoir à insister) et l’image d’un douanier souriant qui nous dit que notre fille est belle ! Le carnet de vaccination de fièvre jaune pourtant obligatoire pour entrer au Brésil depuis la Bolivie ne nous est pas demandé. Nous traversons la route pour le bureau de Aduana pour le camping-car. Les douaniers sont en train de manger. Repassez dans une demi-heure ! Je repasse donc une demi-heure plus tard. Le douanier est charmant. Les formalités administratives pour le véhicule se passent rapidement. Nous nous attendons à un gros contrôle sanitaire car de grands panneaux indiquent qu’il ne faut transporter aucun produit d’origine animale ou végétale, aucun bois. Zut, avec tout ce qu’on a de planqué un peu partout dans le camping-car, ça pourrait vite être galère… Mais au moment de passer, nous avons de grands signes amicaux des douaniers qui nous souhaitent bon voyage dans leur pays. Cool.
Finalement, au bout de 6 heures de formalités douanières, nous sommes enfin en règle et pouvons rouler quelques kilomètres jusqu’au port de Corumbá. Nous trouvons un bivouac sympa au bord du fleuve Paraguay. Premiers échanges avec les brésiliens super sympa et super accueillants. Ambiance sympa sur les quais où les amoureux viennent se promener en ce jour de la Saint Valentin brésilienne. Nous passons tout un moment avec une famille suisse-allemande installée depuis 11 ans à Boston, Massachusetts, en vadrouille sur les trois Amériques. Discussions et bières pour les grands. Loup touche-touche pour les petits. Joli coucher de soleil sur le Pantanal.


Je vous laisse en compagnie de nos deux petits écrivains en herbe, Anaïs et Victor qui racontent avec leurs mots leurs aventures.

Article suivant : Brésil du 13 au 20 juin : Corumbá, Pantanal, Bonito, Jardim

Articles précédents :

Bolivie du 26 au 30 mai : Salar de Uyuni, Sud Lipez

Pérou, Bolivie du 20 au 25 mai : lac Titicaca, Sillustani, Juli, Isla del Sol


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